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Tunisie · Europe · Géopolitique : le brief quotidien
Contexte

Coupures d'électricité et d'eau

La canicule de juillet 2026 a apporté à la Tunisie des coupures tournantes d'électricité, et avec elles un rationnement de l'eau, parce que les stations de pompage de la Sonede fonctionnent sur le réseau. Le débat depuis porte sur une seule question : la chaleur a-t-elle créé la pénurie d'électricité ou seulement révélé celle qui existait déjà ?

Les coupures d'électricité de juillet 2026 suivent une décennie d'investissement en baisse. L'Observatoire tunisien de l'économie chiffre les dépenses de production de la Steg en recul de 87 %, de 1,947 milliard de dinars en 2016-2020 à 248 millions en 2021-2025. La Steg met en cause la chaleur.
Coupures d'électricité et d'eau

Les coupures tournantes d'électricité ont commencé en Tunisie le 12 juillet 2026. Inkyfada les situe surtout entre 13h et 17h, quand la climatisation porte la demande à son maximum quotidien. La Steg, l'opérateur public d'électricité et de gaz, coupe des zones à tour de rôle et pour de courtes durées, afin que le réseau tout entier ne s'effondre pas d'un coup. Le 17 juillet, un ingénieur de l'Institut national de la météorologie, Anis Satouri, a déclaré à la Radio nationale que Kairouan avait atteint 49,7 °C, l'un des dix relevés les plus élevés au monde ce jour-là.

Le PDG de la Steg, Fayçal Trifa, a situé la consommation à la pointe de 14h-16h à 5 000 MW, soit environ 30 % de plus que la normale. L'approvisionnement algérien était faible, a-t-il ajouté, l'Algérie subissant la même chaleur. Inkyfada rattache la baisse des importations à une panne survenue à Sidi Okba, en Algérie. La Sonede, l'opérateur national de l'eau, est le premier client de la Steg. Son PDG, Abdelhamid Mnaja, indique qu'environ 1 500 stations de pompage fonctionnent à l'électricité du réseau : les coupures peuvent donc réduire sa production d'eau.

Dans un rapport publié début août, l'Observatoire tunisien de l'économie chiffre les investissements de la Steg dans les moyens de production à environ 1,947 milliard de dinars sur 2016-2020, contre 248 millions sur 2021-2025, soit une baisse de 87 %. La demande, elle, a progressé de 3,8 % par an entre 2021 et 2025. Il recense environ 870 MW de projets de la Steg à l'arrêt depuis 2018, dossiers d'appels d'offres bouclés, en attente du ministère de l'Industrie, des Mines et de l'Énergie.

Personne ne s'accorde sur l'écart entre la demande et l'offre. Le record de l'Observatoire tunisien de l'économie est une pointe de 4 888 MW, le 14 août 2024. Les 5 000 MW de Fayçal Trifa désignent la consommation aux heures de pointe de juillet. Fathi Msalmi, qui dirige le syndicat de la Steg, situe la demande estivale près de 5 800 MW pour environ 4 200 MW disponibles. Ces chiffres ne mesurent pas la même chose : l'observatoire compte la puissance appelée sur le réseau, importations comprises, quand Fathi Msalmi compte ce que les centrales tunisiennes fournissent. Inkyfada situe la marge de réserve 2026 à 20 % de la pointe de consommation, chiffre provisoire, contre 28 % en 2022.

Les chiffres transmis par la Steg au Parlement fixent le prix de vente 2025 à 291 millimes le kilowattheure, pour un coût de production de 456. Au 23 juin 2026, l'entreprise portait 7,36 milliards de dinars de dettes et 6,06 milliards de factures impayées. En novembre 2025, la Banque mondiale a approuvé Tereg, 430 millions de dollars sur cinq ans pour accélérer les renouvelables et porter le recouvrement des coûts de la Steg de 60 à 80 %. Le Parlement a voté les garanties de l'État sur ces prêts le 14 juillet 2026, deux jours après le début des coupures.

3 46520143 59920153 40020164 02520173 91620184 24720194 03020204 47220214 67720224 82520234 88820244 8372025
Pointe électrique annuelle appelée sur le réseau tunisien · MW · Source: Observatoire national de l'énergie et des mines
La mesure est la puissance maximale appelée sur le réseau, celle du record de 4 888 MW du 14 août 2024, et non la consommation aux heures de pointe que le PDG de la Steg situait à 5 000 MW. Chaque année porte la pointe mensuelle la plus élevée de l'année, relevée sur le graphique mensuel de l'Observatoire national de l'énergie et des mines, qui imprime une valeur par an. La valeur 2025 couvre janvier à octobre 2025, comme l'indique le rapport lui-même. La série s'arrête avant la canicule de juillet 2026.
”Les agents ne doivent pas payer le prix de l'absence de réaction des autorités”
Fathi MsalmiSecrétaire général de la Fédération générale de l'électricité et du gaz, le syndicat de la Steg affilié à l'UGTT

Les chiffres

Relevé le plus élevé en Tunisie le 17 juillet 2026
49,7 °C
49,7 °C à Kairouan le 17 juillet 2026, parmi les dix relevés les plus élevés au monde ce jour-là
Consommation aux heures de pointe annoncée par la Steg en juillet 2026
Environ 5 000 MW à la pointe de 14h-16h, soit près de 30 % au-dessus de la normale, selon le PDG Fayçal Trifa
Pointe record, selon l'observatoire de l'économie
4 888 MW
4 888 MW le 14 août 2024, pointe record citée dans le rapport de l'observatoire de début août 2026
Investissements de la Steg dans la capacité de production
87 % de moins
Environ 1,947 milliard de dinars sur 2016-2020, contre 248 millions sur 2021-2025, soit 87 % de moins, selon l'Observatoire tunisien de l'économie
Projets de production en appel d'offres, à l'arrêt depuis 2018
870 MW
L'Observatoire tunisien de l'économie annonce un total d'environ 870 MW : une centrale à cycle combiné de 500 MW à Skhira, un parc éolien de 80 MW à Djebel Tebaga et six centrales photovoltaïques totalisant 300 MW, dont la somme fait 880. Tous sont bloqués faute d'approbation du ministère de l'Industrie, des Mines et de l'Énergie
Marge de réserve du réseau
20 % de la consommation de pointe en 2026 contre 28 % en 2022, calcul d'Inkyfada à partir de données de la Steg et de l'Observatoire national de l'énergie et des mines. La valeur 2026 est provisoire
Prix de vente contre coût de production, et dette de la Steg
291 millimes le kWh vendu en 2025 contre 456 millimes de coût de production. Au 23 juin 2026, la Steg portait 7,36 milliards de dinars de dettes et 6,06 milliards de créances impayées
Programme de la Banque mondiale pour le secteur électrique
Tereg : 430 millions de dollars sur cinq ans, dont 30 millions de financement concessionnel des Fonds d'investissement climatiques, approuvé le 11 novembre 2025. La Banque en attend un recouvrement des coûts de la Steg porté de 60 à 80 % et 2,045 milliards de dinars de subventions en moins pour l'État

Ce que la comparaison montre

Ce sur quoi ils s'accordent

Personne ne conteste que la demande a dépassé ce que la Steg pouvait fournir pendant la canicule de juillet 2026. La direction de la Steg et le syndicat de l'entreprise donnent la même raison au délestage tournant. Fayçal Trifa dit qu'il devait éviter l'effondrement du réseau national, et Fathi Msalmi dit que, sans lui, le pays aurait pu connaître un black-out généralisé.

Là où ça se sépare

La direction de la Steg regarde vers l'extérieur : la chaleur, et un approvisionnement algérien affaibli par une panne à Sidi Okba. L'Observatoire tunisien de l'économie regarde vers l'intérieur : l'effondrement de l'investissement, et des coupures qui signalent un déséquilibre structurel plutôt qu'une semaine de canicule. Le syndicat et la chambre des installateurs solaires partagent ce diagnostic mais divergent sur le remède. Fathi Msalmi veut accélérer l'investissement et renforcer le rôle de la Steg dans le renouvelable. Ali Kanzari veut un million de foyers équipés de panneaux. L'organisation patronale ne discute pas des causes. Elle annonce une plainte contre la Steg pour que les entreprises puissent faire valoir leurs pertes.

Ce que personne ne dit

Les deux cibles de Tereg pour les finances de la Steg, un recouvrement des coûts porté de 60 à 80 % et 2,045 milliards de dinars de subventions en moins, ne disent rien du prix payé par un foyer. La Banque mondiale cite des réformes comme la réduction des pertes techniques et commerciales ou la hausse de la part du renouvelable, et en attend une électricité plus abordable. Elle ne dit pas si le tarif augmente. Les factures impayées renvoient aussi à l'État : parmi les clients qui doivent 6,06 milliards de dinars à la Steg, Inkyfada compte de nombreux établissements publics.

Qui dit quoi

Fayçal Trifa, PDG de la Steg, l'opérateur public d'électricité et de gaz

Fayçal Trifa présente les coupures comme une mesure préventive et maîtrisée. La demande de l'après-midi dépassait d'environ 30 % la normale pendant la canicule, dit-il, et l'approvisionnement algérien était faible, l'Algérie subissant la même chaleur. Le délestage programmé ne dépasse pas une heure ; au-delà, il s'agit d'une panne technique et non d'une coupure volontaire. Les sites sensibles et stratégiques sont épargnés. Dans son récit, la cause est extérieure à l'entreprise : la température, la climatisation qui suit, et le manque algérien.

”la STEG se trouve obligée de recourir au délestage (coupure d'électricité préventive et temporaire), afin de maintenir un équilibre entre production et consommation”la STEG se trouve obligée de recourir au délestage (coupure d'électricité préventive et temporaire), afin de maintenir un équilibre entre production et consommation
Abdelhamid Mnaja, PDG de la Sonede, l'opérateur national de l'eau

Abdelhamid Mnaja fait remonter la cause des robinets à sec au réseau électrique. La Sonede exploite environ 1 500 stations de pompage électriques et elle est le premier client de la Steg : les coupures peuvent donc réduire la production d'eau et faire fluctuer la distribution. Il dit que la Sonede ne coupe pas l'eau : ce qu'elle applique est un ajustement entre l'offre disponible et la demande, selon les capacités de production et les contraintes techniques. Les ajustements nocturnes se poursuivent sur le littoral centre-est jusqu'à l'entrée en service de nouvelles infrastructures hydrauliques. Il n'attend pas de perturbation majeure sur ce littoral à l'été 2027, notamment grâce à la station de traitement de Kalâa Kebira prévue en décembre 2026.

”La mission de la SONEDE est d'assurer l'approvisionnement en eau des citoyens, sauf dans des circonstances exceptionnelles et indépendantes de sa volonté”La mission de la SONEDE est d'assurer l'approvisionnement en eau des citoyens, sauf dans des circonstances exceptionnelles et indépendantes de sa volonté
Fathi Msalmi, Secrétaire général de la Fédération générale de l'électricité et du gaz, le syndicat de la Steg affilié à l'UGTT

Fathi Msalmi soutient que le déficit était annoncé puis ignoré. La Steg avait prévenu les autorités dès 2024 qu'un manque d'environ 800 MW se profilait, dit-il, et les investissements n'ont pas suivi. Il situe la demande estivale près de 5 800 MW pour environ 4 200 MW de capacités disponibles, ce qui ne laissait que le délestage tournant pour tenir le réseau. Sans lui, dit-il, le pays aurait pu connaître un black-out généralisé. Il situe la mise en service de la dernière grande centrale raccordée, Radès C, en 2020 et 2021. Inkyfada situe cette même mise en service en 2022.

”Les agents ne doivent pas payer le prix de l'absence de réaction des autorités”Les agents ne doivent pas payer le prix de l'absence de réaction des autorités
Yassine Gouiaa, Président de l'Organisation nationale des entrepreneurs

La réponse de Yassine Gouiaa est judiciaire plutôt que technique. Son organisation annonce une plainte contre la Steg, et plus de 30 avocats se sont portés volontaires pour aider les entreprises à constituer leurs dossiers de préjudice et à réclamer réparation. Il cite les cliniques privées, les restaurants et les cafés parmi les activités touchées, et avance que plus de 70 % des cafés ont été affectés.

”Nous avons confiance dans une justice équitable. Notre rôle est de protéger l'économie tunisienne ainsi que l'entreprise tunisienne, qui contribue à la création de richesse, à la croissance et à l'emploi”Nous avons confiance dans une justice équitable. Notre rôle est de protéger l'économie tunisienne ainsi que l'entreprise tunisienne, qui contribue à la création de richesse, à la croissance et à l'emploi
Ali Kanzari, Président de la chambre syndicale nationale des installateurs et mainteneurs d'équipements photovoltaïques

Ali Kanzari admet que la demande a dépassé les capacités disponibles. Il attribue la cause à l'insuffisance des investissements dans de nouvelles centrales et aux retards des projets renouvelables, qui ont conduit la Tunisie à importer une partie de son électricité d'Algérie et de Libye. Sa réponse est décentralisée : des procédures administratives simplifiées, des équipements photovoltaïques moins chers et un programme national de citoyenneté énergétique permettant à un million de familles d'installer gratuitement des systèmes solaires en cinq ans. Cela pourrait ajouter, selon lui, près de 600 MW. Le photovoltaïque associé au stockage par batteries est, selon lui, l'un des moyens les plus rapides d'alléger la pression sur le réseau.

Kaïs Saïed, Président de la République

La présidence affirme que, lorsqu'une coupure reste inévitable, les citoyens doivent être informés à l'avance et les horaires choisis avec soin. Son communiqué juge inacceptables les interruptions de plus de vingt-quatre heures, et qualifie les coupures d'eau, les coupures d'électricité et les incendies, pris ensemble, de phénomènes hors normes. L'État, ajoute-t-il, ne restera pas les bras croisés face à quiconque cherche à nuire aux citoyens et à attiser les tensions.

”phénomènes hors normes”phénomènes hors normes

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