lundi 10 août 2026 ··

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Tunisie · Europe · Géopolitique : le brief quotidien
Qui dit quoi · La dépendance de la Tunisie envers l'Algérie

L'Algérie maintient la Tunisie éclairée. Service rendu ou moyen de pression?

Le 27 juillet, le président algérien Abdelmadjid Tebboune a déclaré aux médias algériens que ceux qui cherchent à déstabiliser la Tunisie visent en réalité l'Algérie, et que cela ne serait pas toléré. La déclaration a ouvert deux semaines de débat tunisien sur le point où s'arrête la solidarité et où commence la tutelle, dont un texte national diffusé le 29 juillet et laissé ouvert aux signatures, qui affirme que l'amitié véritable n'existe qu'entre deux États indépendants égaux en souveraineté, non entre un protecteur et un protégé. Le gaz algérien, acheminé par le gazoduc TransMed qui traverse le pays, alimente la production électrique tunisienne, et début août la Steg a publiquement remercié son homologue algérien de son appui pendant les délestages de l'été.

Ce sur quoi ils s'accordent

Aucun d'eux ne conteste que l'approvisionnement électrique tunisien repose aujourd'hui sur les livraisons algériennes. Le PDG de la Steg et l'expert tunisien décrivent la même dépendance par les deux bouts, l'un en remerciant l'Algérie, l'autre en y voyant un échec de la politique tunisienne.

Là où ça se sépare

La divergence porte sur le sens de cette dépendance. Le PDG de la Steg la traite comme un soutien, en termes d'exploitation: le voisin a aidé quand le réseau était sous tension. L'ancien ambassadeur lit la même relation comme un moyen de pression et range l'énergie parmi les manières dont, selon lui, l'Algérie isole la Tunisie. L'expert déplace la question hors d'Algérie et la pose sur le défaut d'investissement tunisien dans la production, une dépendance que la Tunisie a construite plutôt que subie. Tebboune, lui, cadre autrement: il parle de sécurité et de qui est réellement visé, non de livraisons.

Ce que personne ne dit

Aucune autorité n'a publié de volume. Webdo relève que les autorités tunisiennes n'ont communiqué aucun chiffre sur l'électricité importée d'Algérie, et les 500 à 800 mégawatts qui circulent sont l'estimation d'un seul expert donnée à l'antenne.

Abdelmadjid Tebboune, président de la République algérienne

Il présente la sécurité de la Tunisie comme une affaire algérienne et non comme une simple question de bon voisinage.

”Tunisie, ça c'est clair, parce qu'on veut déstabiliser la Tunisie à cause de l'Algérie... pour pouvoir la manger, la bouffer facilement. Et on ne laissera pas faire”Tunisie, ça c'est clair, parce qu'on veut déstabiliser la Tunisie à cause de l'Algérie... pour pouvoir la manger, la bouffer facilement. Et on ne laissera pas faire
Elyes Kasri, ancien ambassadeur de Tunisie

Il retourne la question et soutient que la menace pesant sur la stabilité tunisienne vient du voisin lui-même. Dans une chronique du 30 juillet, il enchaîne les questions: qui occupe des territoires tunisiens riches en hydrocarbures et en eau, qui a organisé l'attaque de Gafsa en 1980, qui cherche à isoler la Tunisie en usant du levier énergétique et terroriste. Il exige la publication des accords sécuritaires et de défense conclus avec Alger le 7 octobre 2025.

”Un pays qui n'arrive pas à définir la menace réelle à sa stabilité et à sa souveraineté est une proie facile et à moitié conquise”Un pays qui n'arrive pas à définir la menace réelle à sa stabilité et à sa souveraineté est une proie facile et à moitié conquise
Faisal Trifa, PDG de la Steg

À la tête de la société publique d'électricité et de gaz, il a adressé une lettre de remerciement au groupe algérien Sonelgaz et à son PDG pour leur mobilisation pendant une période de forte tension sur le réseau tunisien. Selon le compte rendu qu'en donne Ennahar Online, la Steg estime que l'appui algérien a contribué à assurer la continuité de l'approvisionnement alors que la consommation atteignait des niveaux exceptionnels. C'est la seule position ici exprimée par un organisme public tunisien.

Hussein R'hili, expert en développement et ressources hydriques

Il situe la cause du côté tunisien et estime que le pays paie aujourd'hui les conséquences de choix stratégiques qui l'ont rendu fortement dépendant de l'Algérie pour l'électricité. Sur les ondes de Jawhara FM, il chiffre les importations entre 500 et 800 mégawatts et les rattache au manque d'investissement national dans la production. Il critique aussi l'interconnexion électrique avec l'Italie, Elmed, jugeant qu'environ 1,4 milliard de dinars y est engagé alors que le pays continue d'acheter de l'électricité pour ses besoins immédiats.

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