Phosphates
La Tunisie emprunte 110 millions d'euros à l'étranger pour rééquiper une industrie du phosphate qui produit bien moins de la moitié de sa capacité installée. Le parlement a approuvé la garantie de l'État le 28 juillet 2026, après un conflit sur les primes qui avait arrêté le travail dans quatre villes minières en mai, et après la fermeture des routes par des habitants de Métlaoui, en juillet, contre les coupures d'eau.

Le phosphate est la principale exportation minière tunisienne. Il est extrait depuis 1897 par la Compagnie des phosphates de Gafsa, la CPG, entreprise publique. Elle exploite dix mines à ciel ouvert et huit laveries dans un rayon de 50 kilomètres autour de Gafsa, et envoie environ 80 % de son concentré à une autre entreprise publique, le Groupe chimique tunisien, qui le transforme en acide phosphorique et en engrais. La BERD décrit la CPG comme le principal employeur de la région de Gafsa, où il y a peu d'autre travail.
Le ministère de l'Industrie a enregistré 8,131 millions de tonnes en 2010, 2,281 millions en 2011 et 3,04 millions en 2024. L'USGS estime la production 2025 à 3,3 millions de tonnes. La BERD, elle, compte 3,2 millions de tonnes de concentré en 2024 : le ministère, l'USGS et la banque ne mesurent pas tout à fait la même chose. Samir Abdelhafidh, ministre de l'Économie, a dit au parlement que le phosphate pèse aujourd'hui environ 0,5 % du PIB et 3 % des exportations, contre environ 4 % et 9 à 12 % avant 2011.
Le parlement a approuvé la garantie le 28 juillet 2026, par 58 voix contre 13 et 9 abstentions. La BERD prête 110 millions d'euros à la CPG pour des équipements miniers et des filtres-presses qui recyclent l'eau de lavage du minerai. Séparément, 120 millions de dollars de la Société internationale islamique de financement du commerce achètent du soufre et de l'ammoniac pour le GCT. Votées comme projets de loi n° 50 et 51 de 2026, ces deux opérations sont devenues les lois n° 18 et 19. Un décret du 1er juin avait placé les deux entreprises sous un seul PDG, Omar Bouzouada.
Le travail s'est arrêté à Métlaoui, Redeyef, Moularès et Mdhilla en mai 2026, après des primes d'Aïd et de productivité tombées à peine à la moitié des montants des années précédentes et versées sans négociation. Le rapport du conseil de la BERD, daté de septembre 2025, indique que les protestations et les grèves à la CPG portent surtout sur les attentes d'embauche. En juillet, après plusieurs jours de coupures d'eau en pleine canicule, des habitants de Métlaoui ont fermé les routes à l'entrée de la ville.
Le rapport du conseil de la BERD indique que la CPG n'a aucun système de gestion environnementale et sociale, et que la plupart des résidus miniers finissent dans des bassins non aménagés ou dans la nature. La banque a demandé à son conseil une dérogation, jugeant peu probable que les activités existantes respectent pleinement ses normes pendant la durée du prêt. Les filtres-presses doivent porter le recyclage de l'eau à 90 %, dans une région où les prélèvements dépassent déjà la recharge naturelle de jusqu'à 40 %. La garantie engage le Trésor, alors qu'Abdelhafidh situe la dette publique entre 81 et 82 % du PIB.
”les financements faisant l'objet des projets de loi n° 50 et n° 51 de l'année 2026, ne sont pas destinés à la modernisation des moyens de production du Groupe Chimique Tunisien (GCT) mais à l'importation de matières premières nécessaires à la production d'engrais”
Les chiffres
Ce que la comparaison montre
Ce sur quoi ils s'accordent
Abdelhafidh, Bouzouada et El Majdi disent tous que les deux entreprises ne peuvent pas financer seules leur redressement. Bouzouada a déclaré à la commission des finances du parlement, en juillet 2026, que la CPG traverse une crise structurelle faite de recul de la production, de pertes accumulées, de vieillissement des équipements et de perturbations sociales, et Rehili, seize mois plus tôt, qualifiait les problèmes du secteur de chroniques et structurels et ses équipements de vétustes. Abdelhafidh estime que les finances de la CPG sont trop dégradées pour emprunter à l'étranger sans l'État derrière elle, et El Majdi que l'argent doit s'accompagner d'une vraie réforme administrative, financière et de gouvernance.
Là où ça se sépare
La présentation de Bouzouada place le manque d'eau pour le lavage du minerai et l'état du transport en tête de ce qui freine la filière. Abdelhafidh pose le problème en termes d'équipements et de gouvernance : le prêt modernise les machines et les installations d'eau de la CPG, et ses conditions sont acceptables au vu des finances de l'entreprise. Helal affirme que ce qui a arrêté les mines en mai 2026, ce sont les salaires : des primes ramenées à peine à la moitié et imposées sans négociation. Rehili, en mars 2025, opposait les 50 000 mètres cubes par jour dont la CPG a besoin pour le lavage aux 11 000 que fournissent les deux stations de traitement du bassin. Ce n'est pas la même mesure que les 5,6 millions de mètres cubes par an de la BERD, qui correspondent à ce que la CPG prélève dans le sous-sol, 65 à 71 % de l'eau de lavage étant recyclés.
Ce que personne ne dit
Personne dans le débat n'a réconcilié les deux niveaux de production qui circulent : les 6 millions de tonnes par an sur lesquels la BERD dimensionne ses installations d'eau, et les 9,4 millions de tonnes que la CPG vise pour 2035. Le rapport du conseil précise que, même une fois les filtres-presses installés, la CPG prélèvera encore 3 millions de mètres cubes d'eau douce par an à 6 millions de tonnes. Personne n'a chiffré ce que 9,4 millions exigeraient de nappes déjà exploitées plus vite qu'elles ne se rechargent. La section des données financières du rapport de la BERD est caviardée : l'exposé public le plus complet des finances de la CPG s'arrête là où commencerait son bilan.
Qui dit quoi
Il a dit au parlement que le prêt s'inscrit dans un programme visant à rétablir le rythme de production de la CPG par la modernisation des équipements et le traitement de l'eau, et que la situation financière de l'entreprise l'empêchait de chercher seule des financements extérieurs. Il a indiqué un remboursement sur dix ans avec trois ans de grâce, jugé les conditions acceptables au vu de la situation, et rappelé que la CPG n'avait plus emprunté depuis 2014. Il insiste sur le fait que le financement islamique est d'une autre nature : il achète des matières premières pour le GCT, pas de nouveaux équipements. L'amélioration de la gouvernance, dit-il, est impérative dans toutes les entreprises publiques. Les entreprises resteront publiques, dit-il, et la réforme structurelle pourrait aller jusqu'à leur fusion.
”les financements faisant l'objet des projets de loi n° 50 et n° 51 de l'année 2026, ne sont pas destinés à la modernisation des moyens de production du Groupe Chimique Tunisien (GCT) mais à l'importation de matières premières nécessaires à la production d'engrais”les financements faisant l'objet des projets de loi n° 50 et n° 51 de l'année 2026, ne sont pas destinés à la modernisation des moyens de production du Groupe Chimique Tunisien (GCT) mais à l'importation de matières premières nécessaires à la production d'engrais
La CPG et le GCT ont présenté à la commission des finances du Conseil national des régions et des districts une stratégie intégrée d'environ 2,7 milliards de dinars, visant 5 millions de tonnes de phosphate marchand en 2028 et 9,4 millions en 2035. La présentation désigne le manque d'eau pour le lavage du minerai et les difficultés de transport, dont le rail, comme les principaux obstacles, et Bouzouada a indiqué que les parties concernées travaillent avec la présidence du gouvernement à les lever. Le 21 juillet 2026, il a reconnu devant la commission des finances du parlement que la CPG traverse une crise structurelle faite de recul de la production, de pertes accumulées, de vieillissement des équipements et de perturbations sociales, et que le plan de redressement demandera cinq à sept ans.
Il soutient la décision de placer la CPG et le GCT sous une direction unique, qu'il qualifie de l'une des meilleures prises par le gouvernement, mais estime qu'elle ne règle rien à elle seule. Les problèmes du secteur sont profonds et accumulés, dit-il, et en sortir exige des financements en même temps qu'un vrai changement administratif, financier et de gouvernance, pas une nomination au sommet.
”الدمج الإداري بين الشركتين يعد من أفضل القرارات التي اتخذتها الحكومة”la fusion administrative des deux entreprises figure parmi les meilleures décisions prises par le gouvernement
Elle affirme que les primes d'Aïd et de productivité à l'origine des arrêts de mai 2026 représentaient à peine la moitié de ce que les salariés percevaient les années précédentes, et qu'elles ont été versées unilatéralement, sans négociation préalable avec les partenaires sociaux. Elle alerte sur la dégradation du climat social dans le bassin minier et s'interroge sur les responsabilités derrière ce qu'elle qualifie de volonté d'attiser les tensions à Gafsa.
Il tient l'eau pour la contrainte décisive sur tout objectif de production. Sur Mosaïque FM en mars 2025, à propos du programme public du phosphate 2025-2030, il a indiqué que le bassin minier de Gafsa ne dispose que de deux stations de traitement des eaux usées, d'une capacité cumulée de 11 000 mètres cubes par jour, alors que la CPG a besoin de 50 000 mètres cubes par jour pour laver le minerai. Il a jugé irréaliste l'objectif annoncé alors par le gouvernement, 14 millions de tonnes en cinq ans, vu la vétusté des équipements de la CPG et du GCT. Il a proposé d'alimenter les laveries depuis la station de dessalement d'eau de mer de Skhira et d'adopter le transport du minerai par canalisation, et estimé que l'État doit cesser d'utiliser la CPG pour répondre aux besoins en emplois et en salaires de la région.
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