Le président est venu voir la plage. À Gabès, la bataille porte sur une seule question : faut-il remplacer le complexe ou le réparer ?
Kaïs Saïed est arrivé sans prévenir à Chott Essalem, à Gabès, le 10 août 2026 au soir. Le quartier touche le complexe chimique, qui déverse en mer du phosphogypse brut depuis 1972. En juin 2026, Inkyfada chiffrait le rejet entre 14 000 et 15 000 tonnes par jour. L'État parle de dépollution ; Gabès veut qu'il applique sa propre décision de juin 2017 : démanteler les unités polluantes.
Ce sur quoi ils s'accordent
Les six s'accordent sur le fait que l'État doit agir. Ils ne désignent même pas la même pollution : le ministre de l'Environnement parle du phosphogypse au fond de la mer, le syndicat des gaz dans l'air.
Là où ça se sépare
Les plans de l'État laissent le complexe où il est et réparent autour, et la ministre de l'Industrie fixe la limite : les emplois et les entreprises publiques restent. Gabès pousse par trois côtés : la campagne exige l'exécution du démantèlement de juin 2017, les avocats ont demandé à un tribunal d'arrêter les unités, le syndicat a lancé une grève générale.
Ce que personne ne dit
Personne, côté État, ne dit si la décision de juin 2017 tient toujours. Ce qui s'approche le plus d'une réponse est un conseil des ministres du 5 mars 2025 qu'aucun des six ne mentionne : en une seule séance, rapporte Inkyfada, le phosphogypse a été retiré de la liste officielle des substances dangereuses et les objectifs de production du complexe ont été doublés.
S'attaquer aux sources de la pollution et mettre fin à leurs dégâts, dit-il, par des solutions urgentes et efficaces, en réglant les problèmes structurels sur le long terme. Il avait confié le dossier de Gabès à une équipe de travail et reçu son rapport final en janvier 2026, en disant alors qu'il prendrait les mesures nécessaires, techniques, financières et structurelles. Rien, dans le compte rendu qui rapporte ses propos, ne parle de démantèlement ni d'échéance.
En novembre 2025, il a annoncé que les autorités travaillaient à nettoyer environ 9 000 hectares du fond du golfe de Gabès, pollués par le phosphogypse. C'est une promesse de déblayer ce qui a déjà été déversé ; telle que rapportée, elle ne dit rien de l'arrêt des rejets.
Devant le parlement, lors du débat sur le budget 2026 de son ministère, elle a assuré que Gabès figure parmi les priorités du gouvernement et que le président suit le dossier personnellement. Elle a rappelé que l'État tient à garder les emplois et les entreprises publiques, et évoqué des programmes urgents puis des plans à moyen et long terme pour augmenter la production et mieux respecter les normes environnementales.
Les autorités cherchent toujours des solutions techniques pour limiter les émissions, soutient-il, au lieu d'appliquer la décision de juin 2017. À Gabès, l'exigence tient dans un slogan : le peuple veut le démantèlement des unités.
”The complex is like a car that is full of worn-out parts and can no longer drive. The only solution now is to replace it”Le complexe est comme une voiture pleine de pièces usées qui ne peut plus rouler. La seule solution aujourd'hui est de le remplacer
Il a porté le combat devant la justice : la section régionale des avocats de Gabès a demandé l'arrêt des unités polluantes. Le 26 février 2026, la chambre des référés de Gabès a dit non, pour un seul motif, le préjudice non prouvé, sept mois après qu'un audit commandé par le complexe lui-même eut documenté des manquements majeurs aux normes nationales et internationales. Il a annoncé l'appel le lendemain ; le fond reste à juger.
Son syndicat a appelé à la grève générale à Gabès le 21 octobre 2025, contre l'état de l'environnement et les gaz qui sortent du complexe. La mobilisation, a-t-il dit, a été massive, et la région court un danger imminent pour la santé de ses habitants.