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Tunisie · Europe · Géopolitique : le brief quotidien
Contexte

Dette et financement

Sans programme du FMI, la Tunisie a remboursé le 15 juillet 2026 ce que Kapitalis a appelé son dernier grand eurobond international, et couvre désormais son budget auprès des banques locales et de bailleurs régionaux, les transferts des Tunisiens de l'étranger et le tourisme tenant les réserves : un modèle que le gouvernement appelle le fait de compter sur soi et que ses critiques décrivent comme une dette qui a seulement changé d'adresse.

La Tunisie a remboursé le 15 juillet 2026 un eurobond de 700 millions d'euros, sans programme du FMI. Sa banque centrale a annoncé des réserves de 23,4 milliards de dinars, soit 92 jours de couverture des importations, au 28 juillet. Son conseil a maintenu le taux directeur à 7,00 % le 29 juillet.
Dette et financement

Le 15 juillet 2026, la Tunisie a remboursé un emprunt obligataire de 700 millions d'euros émis en juillet 2019. Il courait sur sept ans à 6,375 % et la totalité du principal arrivait à échéance le même jour que le dernier coupon annuel. Réalités chiffre l'échéance de juillet, intérêts compris, à 740 millions d'euros. L'économiste Moktar Lamari, dans Kapitalis le 15 juillet, a chiffré les sept ans à un peu plus de 1,012 milliard d'euros, soit environ 45 % du capital payés en intérêts. La Banque centrale de Tunisie a confirmé le remboursement le 29 juillet.

La Tunisie n'a plus de programme avec le FMI depuis l'enlisement, en octobre 2022, des négociations sur une enveloppe de 1,9 milliard de dollars, que Kais Saied a ensuite rompues. Les bons du Trésor et les concours directs de la Banque centrale ont porté la dette intérieure au-delà de 88 milliards de dinars, selon l'économiste Kaies Samet. Quatre lois promulguées le 31 juillet 2026 ont ratifié 620 millions de dollars et 110 millions d'euros d'emprunts extérieurs. Le plus gros morceau, 500 millions de dollars d'Afreximbank, va au budget de l'État 2026 ; le reste aux sociétés du phosphate et de la chimie.

Après le remboursement, la Banque centrale a chiffré les avoirs nets en devises à 23,4 milliards de dinars, soit 92 jours de couverture des importations, au 28 juillet 2026. Réalités avait lu le même indicateur à 22,7 milliards et environ 90 jours au 20 juillet. L'économiste Moez Soussi, sur Diwan FM, chiffre la baisse à neuf jours : 101 jours juste avant l'échéance, 92 au 2 août, le niveau donné par la banque pour le 28 juillet. Son conseil a maintenu le taux directeur à 7,00 % le 29 juillet, avec une inflation de 5,1 % en juillet.

Ce qui tient les réserves, ce ne sont pas les exportations. Au 20 juillet 2026, sur les indicateurs de la Banque centrale, les transferts des TRE et le tourisme avaient rapporté plus de 9 milliards de dinars depuis janvier. Les transferts progressaient de 5,2 % à plus de 5 milliards, les recettes touristiques de 4,6 % à près de 4 milliards. L'énergie tire dans l'autre sens : facture énergétique record de 8 502 MDT au premier semestre, contre 6 370 MDT un an plus tôt, selon la Banque centrale. Hors énergie, la balance courante affichait un excédent de 2 538 MDT à fin juin.

Le gouvernement appelle cela compter sur soi. Un conseil ministériel présidé par la cheffe du gouvernement Sara Zaafrani Zenzri y a adossé les orientations du budget 2027, le 4 août 2026. Le gouverneur Fethi Zouhair Nouri y lit un désendettement : la dette extérieure à long terme est passée de 82 à 68 milliards de dinars entre 2022 et 2025. L'analyste Moez Hadidane, lui, compte une dette publique totale passée de 83 milliards de dinars en 2019 à 141 milliards en 2025, la part extérieure revenant d'environ 70 % à 40 %.

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Avoirs nets en devises en jours d'importation, mois par mois · jours de couverture des importations, en fin de mois · Source: Banque Centrale de Tunisie
Les libellés donnent le mois et l'année, de juillet 2025 à juin 2026. Chaque point est l'indicateur de la Banque centrale elle-même, avoirs nets en devises en jours d'importation, relevé en fin de mois dans son tableau des paiements extérieurs. La série s'arrête au 30 juin 2026 et n'inclut donc pas le remboursement du 15 juillet : le dernier point est le matelas dans lequel l'échéance a été prise. Les 92 jours annoncés par la banque au 28 juillet relèvent d'un relevé quotidien distinct et ne sont pas un point de cette série. Les 101 jours donnés par Moez Soussi avant l'échéance, et sa comparaison avec 2025, relèvent eux aussi de relevés quotidiens et ne coïncident pas avec les points de fin de mois présentés ici. Les mois antérieurs à janvier 2026 ont été lus dans l'outil de séries rétrospectives de la même page.
”La dette n'a donc pas disparu ; elle a simplement changé d'adresse. On ne rembourse pas une dette : on la fait déménager.”
Moktar LamariÉconomiste, chroniqueur

Les chiffres

L'eurobond remboursé
700 M€
700 millions d'euros, émis en juillet 2019 à 6,375 % sur sept ans, remboursés intégralement à échéance en juillet 2026. La Banque centrale rattache le recul des réserves à ce remboursement.
Réserves après le remboursement
92 jours
23,4 milliards de dinars, soit 92 jours de couverture des importations, au 28 juillet 2026. Le conseil qui publie le chiffre demande de préserver les réserves en renforçant les recettes en devises, en réduisant le déficit énergétique et en mobilisant des ressources extérieures à des conditions appropriées.
Les réserves au 20 juillet
22,7 Md DT
22,7 milliards de dinars, soit environ 90 jours de couverture des importations, sur les indicateurs de la Banque centrale au 20 juillet 2026, en baisse de 487 millions de dinars et de 11 jours par rapport à la même date de 2025. Réalités rappelle que la Tunisie a remboursé dans le mois une échéance de 740 millions d'euros, environ 2 499 millions de dinars.
Ce que l'échéance a coûté en jours de couverture
Neuf jours : de 25,629 milliards de dinars et 101 jours de couverture juste avant l'échéance du 15 juillet à 92 jours au 2 août 2026. L'économiste Moez Soussi, sur Diwan FM, situe ce niveau dix jours en dessous de celui de la même période de 2025, et chiffre le coût de l'opération à près de 2,5 milliards de dinars. Ses relevés sont quotidiens et ne correspondent pas à la série de fin de mois du graphique de cette page.
Taux directeur
7,00 %
Maintenu inchangé à 7,00 % par le conseil d'administration de la BCT le 29 juillet 2026, au motif de risques haussiers sur l'inflation
Inflation
5,1 % en juillet 2026, prix de l'alimentation et des boissons en hausse de 6,6 % sur un an ; inflation sous-jacente, hors produits alimentaires et énergie, à 4,8 %, contre 4,9 % en juin
Transferts des TRE et tourisme, au 20 juillet
plus de 9 Md DT
Plus de 9 milliards de dinars depuis le début de 2026 jusqu'au 20 juillet, selon les indicateurs monétaires et financiers de la Banque centrale de Tunisie. Les transferts des Tunisiens résidant à l'étranger ont progressé de 5,2 %, de 4,7 milliards de dinars un an plus tôt à plus de 5 milliards ; les recettes touristiques ont augmenté de 4,6 %, pour atteindre près de 4 milliards.
Le prêt Afreximbank
500 millions de dollars pour le budget 2026 à un taux fixe de 5,86 %, négocié depuis un coût initial d'environ 9 %, débloqué en deux tranches de 427 et 73 millions de dollars
La relation avec Afreximbank
1,65 Md$
Les 500 millions de dollars constituent le quatrième accord de prêt avec Afreximbank depuis avril 2022. Un décret présidentiel numéro 2026-108 l'a ratifié le 8 juin 2026, avant l'adoption de la loi d'emprunt par les députés fin juillet. African Manager, à partir des résultats provisoires d'exécution budgétaire du ministère des Finances, dénombre 5 150,7 millions de dinars de tirages Afreximbank entre 2022 et 2024, soit environ 1,65 milliard de dollars, et aucun en 2025.
Les emprunts ratifiés fin juillet
620 millions de dollars et 110 millions d'euros, par quatre lois numérotées 17 à 20 et promulguées le 31 juillet 2026, un ensemble que Web Manager Center totalise à environ 740 millions de dollars : 110 millions d'euros de la Berd, assortis d'un don de 7 millions d'euros, pour la Compagnie des phosphates de Gafsa ; 120 millions de dollars de la Société internationale islamique de financement du commerce, l'ITFC, en deux opérations de mourabaha de 70 et 50 millions, pour le Groupe chimique tunisien ; 500 millions de dollars d'Afreximbank, via la Banque centrale, pour le budget de l'État 2026.
La recomposition de la dette
L'encours total de la dette publique est passé de 83 milliards de dinars en 2019 à 141 milliards en 2025, tandis que la part extérieure reculait d'environ 70 % à 40 % et que la part intérieure montait à 60 %. En 2019, l'État avait levé 7 milliards de dinars à l'étranger et 2,6 milliards sur le marché intérieur ; en 2025, 3,8 milliards à l'étranger et 21,8 milliards sur le marché intérieur. Chiffres donnés par l'analyste financier Moez Hadidane sur Express FM.
Les orientations du budget 2027
Fixées par un conseil ministériel restreint présidé par la cheffe du gouvernement Sara Zaafrani Zenzri le 4 août 2026, dans le cadre du plan de développement 2026-2030, sur ce que le gouvernement appelle l'impératif de compter sur soi.

Ce que la comparaison montre

Ce sur quoi ils s'accordent

Responsables et critiques travaillent sur les mêmes chiffres de la Banque centrale : 23,4 milliards de dinars d'avoirs nets en devises, 92 jours de couverture des importations, au 28 juillet 2026. Kais Saied, Moez Soussi et Moktar Lamari tiennent tous l'eurobond pour remboursé intégralement et à l'échéance. Kais Saied et Moktar Lamari s'accordent aussi sur le fait que la Tunisie se finance désormais sans le FMI, et ne divergent que sur la question de savoir si elle l'a choisi.

Là où ça se sépare

Deux clivages, pas un. Le premier porte sur le sens de la baisse de la dette extérieure. Le gouverneur Fethi Zouhair Nouri y lit un désendettement : dette extérieure à long terme ramenée de 82 à 68 milliards de dinars, rendements des obligations tunisiennes ramenés de plus de 30 % en 2023 à près de 7 % sur les cinq premiers mois de 2026. Moez Soussi, qui n'occupe aucune fonction gouvernementale, chiffre l'échéance de juillet à près de 2,5 milliards de dinars et neuf jours de couverture des importations, et y voit malgré tout un gain de crédibilité susceptible de rouvrir l'accès aux marchés. Moktar Lamari lit les mêmes sept années comme une facture : un peu plus de 1,012 milliard d'euros payés pour 700 millions empruntés, partis en dépenses courantes plutôt que dans un actif identifiable. Il rejette aussi l'idée d'un choix : la Tunisie a quitté le marché international parce qu'elle en a perdu l'accès, non parce qu'elle l'a décidé. Kaies Samet admet le choix, mais pas ce qui a remplacé l'argent extérieur : bons du Trésor et concours directs de la Banque centrale ont porté la dette intérieure au-delà de 88 milliards de dinars, et il en attend une éviction de l'investissement privé. Le second clivage traverse le camp officiel. Les orientations du budget 2027 du 4 août reposent sur le principe de compter sur soi, alors que Michket Slama Khaldi a indiqué aux députés fin juillet que les financements extérieurs programmés pour 2026 continuaient d'être mobilisés, et que le conseil de la Banque centrale a demandé le 29 juillet la mobilisation de ressources extérieures à des conditions appropriées.

Ce que personne ne dit

Les documents publics disent ce que coûte l'argent d'Afreximbank, mais pas quand il devra être remboursé. Michket Slama Khaldi a donné aux députés le taux fixe de 5,86 %, la négociation depuis environ 9 %, et les deux tranches de 427 millions de dollars puis de 73 millions. African Manager a rapporté que les conditions du prêt restaient confidentielles lors de la publication du décret de ratification en juin, et rappelé que les prêts précédents d'Afreximbank à la Tunisie couraient sur sept ans et sur cinq ans. Le même site, à partir des résultats provisoires d'exécution budgétaire à fin 2025 du ministère des Finances, chiffre les tirages sur ces prêts précédents, entre 2022 et 2024, à environ 1,65 milliard de dollars, aucun n'étant enregistré en 2025.

Qui dit quoi

Kais Saied, Président de la République

Kais Saied a rompu les négociations avec le FMI et fait du financement extérieur une question de souveraineté. Recevant à Carthage, le 20 juillet 2026, la cheffe du gouvernement, le ministre de l'Économie et le gouverneur de la Banque centrale, lors d'une réunion consacrée au plan de développement 2026-2030, il a déclaré que la dette accumulée n'avait profité en rien au peuple tunisien, affirmé que la Tunisie avait honoré tous ses engagements sans retard, et appelé à transformer cette dette en investissements pour reconstruire les services publics. Sa ministre des Finances a indiqué aux députés qu'il n'avait pas rejeté le recours à l'emprunt extérieur et qu'il avait lui-même approuvé le décret Afreximbank.

”les dettes se sont accumulées sans que le peuple tunisien n'en bénéficie”les dettes se sont accumulées sans que le peuple tunisien n'en bénéficie
Michket Slama Khaldi, Ministre des Finances

Défendant le prêt Afreximbank devant les députés fin juillet 2026, elle a récusé la qualification d'emprunt de consommation, affirmant qu'il s'inscrivait dans les ressources déjà programmées par la loi de finances 2026. Elle a indiqué que les besoins d'emprunt et de financement du Trésor pour 2026 avoisinent 27 milliards de dinars pour un déficit budgétaire d'environ 4 milliards, que le taux avait été ramené d'environ 9 % à 5,86 % fixe par la négociation, et que la Tunisie privilégie désormais l'endettement intérieur pour des raisons techniques et pour aider à contenir l'inflation, tout en mobilisant les financements extérieurs programmés.

”la dette en elle-même n'est ni bonne ni mauvaise”la dette en elle-même n'est ni bonne ni mauvaise
Fethi Zouhair Nouri, Gouverneur de la Banque centrale de Tunisie

À la 22e édition du Forum tunisien de l'investissement, le 26 juin 2026, il a affirmé que la Tunisie était entrée depuis 2023 dans une phase de désendettement extérieur net, la dette extérieure à long terme passant de 82 milliards de dinars en 2022 à 68 milliards en 2025, soit environ 18 % de baisse. Il a rappelé que le défaut de paiement que beaucoup d'analystes internationaux jugeaient probable en 2023 ne s'est pas produit, et que les rendements des obligations tunisiennes sont tombés de plus de 30 % en 2023 à près de 7 % sur les cinq premiers mois de 2026. Il y voit la preuve que l'approche fonctionne, tout en appelant à une croissance portée par l'investissement productif. Le conseil qu'il préside a néanmoins demandé, dans son communiqué du 29 juillet, la mobilisation de ressources extérieures à des conditions appropriées.

Moez Soussi, Économiste, universitaire

Sur les ondes de Diwan FM après l'échéance, il a donné le compte le plus précis de ce qu'elle a coûté : des réserves ramenées de 25,629 milliards de dinars et 101 jours de couverture à 92 jours au 2 août 2026, soit dix jours de moins qu'à la même période de 2025, pour un coût global proche de 2,5 milliards de dinars, l'eurobond constituant la plus grosse pièce des 8,5 milliards de dinars de dette extérieure arrivant à échéance en 2026. Il lit pourtant le résultat comme favorable : le respect intégral de l'échéance a renforcé la confiance des bailleurs et des investisseurs internationaux, les obligations souveraines tunisiennes ont retrouvé leur valeur nominale après avoir perdu plus de 51 % de leur valeur de marché en avril 2023, et cela pourrait permettre à la Tunisie de revenir emprunter sur les marchés internationaux à de meilleures conditions.

Moktar Lamari, Économiste, chroniqueur

Dans sa chronique signée le jour même du remboursement, il a chiffré l'emprunt de 2019 sur toute sa durée : 700 millions d'euros de principal plus sept coupons annuels de 44,625 millions, soit un peu plus de 1,012 milliard d'euros au total, environ 45 % du capital emprunté payés en intérêts. Il soutient que cet argent a financé des dépenses courantes dans une année de très forte tension budgétaire plutôt qu'un actif identifiable, que la sortie des marchés internationaux relève moins d'un choix souverain que de la perte d'accès après l'enlisement des négociations avec le FMI, et que l'arithmétique du récit officiel de « clôture » ne tient pas.

”La dette n'a donc pas disparu ; elle a simplement changé d'adresse. On ne rembourse pas une dette : on la fait déménager.”La dette n'a donc pas disparu ; elle a simplement changé d'adresse. On ne rembourse pas une dette : on la fait déménager.
Kaies Samet, Économiste

Il admet que le virage pris après 2023 loin du FMI était un choix souverain délibéré, assumé face aux pressions américaines et européennes, et que les transferts des TRE et le tourisme sont ce qui maintient la résilience des réserves. Mais il décrit le refinancement intérieur qui a remplacé l'argent extérieur comme une stratégie de court terme : entre 2021 et 2026, l'État a multiplié les émissions de bons du Trésor et les concours directs de la BCT, et la dette intérieure dépasse désormais 88 milliards de dinars. Poursuivre dans cette voie risque, selon lui, une éviction, voire un effondrement, de l'investissement privé.

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