Budget 2027 en Tunisie : personne ne conteste les chiffres, seulement leur sens
Un conseil ministériel s'est penché le 19 août sur le projet de budget économique 2027, sur la base d'une croissance de 2,4 % au premier semestre 2026 et d'un chômage ramené à 14,9 %. Aucune des voix citées ici ne dit que ces chiffres sont faux. Elles divergent sur un point : ces chiffres décrivent-ils un pays qui se redresse ?
Ce sur quoi ils s'accordent
Abdelhafidh et Selmi veulent tous deux plus d'investissement : le ministre l'inscrit dans ses priorités, le syndicat réclame 8 milliards de dinars de crédits publics. Selmi et Khalladi veulent tous deux que la charge fiscale pèse davantage sur le patrimoine, lui en passant de sept à neuf tranches d'impôt sur le revenu, elle par une taxe sur la fortune et un élargissement de l'assiette. Ni le ministre ni la cheffe du gouvernement ne répond à l'une ou l'autre proposition.
Là où ça se sépare
Abdelhafidh et Bellagha lisent la même économie et arrivent à des verdicts opposés : le ministre appelle les 2,4 % de la résilience, quand Bellagha oppose aux 1,9 % retenus pour 2027 une inflation qui monte trois fois plus vite et appelle cela un appauvrissement. Selmi accepte le taux de croissance et s'en prend à ce que le budget en fait, le seul argument auquel les priorités du ministre ne répondent pas. La mesure de Khalladi n'est ni l'une ni l'autre : elle part d'un ratio de dette dont le compte rendu du conseil ne dit rien.
Ce que personne ne dit
Le compte rendu publié du conseil ne cite aucun taux de croissance pour 2027 ni aucun chiffre de dette. Le seul taux 2027 qui circule est le 1,9 % que Kapitalis dit annoncé pour le projet de loi de finances, et les 2,4 % mis en avant par le gouvernement sont un résultat de demi-année pour 2026 : les deux ne se rencontrent jamais. Personne ici ne dit sur quel taux le budget repose réellement.
Le ministre a présenté au conseil les chiffres du semestre : 2,4 % de croissance et un chômage à 14,9 %, contre 15,3 % un an plus tôt. Le compte rendu officiel qualifie l'inflation de maîtrisée et les réserves en devises de satisfaisantes, et le cite saluant la résilience de l'économie. Ses priorités pour 2027 sont le climat des affaires, l'investissement, la souveraineté alimentaire et hydrique, les transitions énergétique et numérique et l'intelligence artificielle.
Elle a présidé le conseil et demandé aux ministères d'accélérer la finalisation du projet. Son critère est pratique : la maturité du projet, la disponibilité du financement, l'impact économique et social attendu. Les priorités que le budget doit servir, elles, viennent du plan de développement 2026-2030.
Dans un courrier de propositions adressé à la ministre des Finances, il qualifie la note de la présidence du gouvernement sur l'élaboration du budget 2027 d'orientation d'austérité qui dégradera les services publics. Il conteste la limitation des promotions et l'absence de mesures sur l'emploi précaire et sur les bas revenus. Il demande de porter la tranche exonérée de 5 000 à 7 000 dinars, de passer de sept à neuf tranches et de porter les crédits d'investissement public à 8 milliards de dinars, soit 10 % du budget.
Dans une note de mars 2026 pour l'Association des économistes tunisiens, elle situe la dette publique à 85 % du PIB et fait des 90 % le point où la stabilité sociale et la souveraineté du pays sont en jeu. Son plan plafonne la masse salariale publique, remplace les subventions à l'énergie par des transferts monétaires aux familles les plus nécessiteuses et élargit l'assiette par la lutte contre l'évasion, l'intégration de l'informel et un impôt sur la fortune. Aucune réforme ne tiendra, prévient-elle, sans consensus politique ni transparence totale.
Il part du taux sur lequel repose le budget 2027 plutôt que du résultat de l'an passé : 1,9 % de croissance face à une inflation attendue autour de 5 %, ce qui laisse les ménages plus pauvres qu'avant. Le chômage des jeunes au-dessus de 38 % n'apparaît pas du tout dans le chiffre cité. Sa seconde objection est qu'un budget rédigé dans un langage technique ne peut pas être contesté par ceux qui le subissent.
”Un pays qui produit un peu plus de richesse, pendant que les prix montent trois fois plus vite, ne s'enrichit pas”Un pays qui produit un peu plus de richesse, pendant que les prix montent trois fois plus vite, ne s'enrichit pas