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Tunisie · Europe · Géopolitique : le brief quotidien
Contexte

La crise de l'eau en Tunisie

Le ministère de l'agriculture donnait les barrages tunisiens à 60 % fin juin 2026 et jugeait le niveau très rassurant. Les robinets se sont tout de même arrêtés : sur les 608 signalements citoyens reçus en juillet par l'Observatoire tunisien de l'eau, 549 portaient sur des coupures non annoncées.

Les habitants de Borj Erras sont restés des semaines sans eau, puis ont manifesté. La Ligue tunisienne des droits de l'homme et le barreau de Mahdia affirment que les manifestants ont fait l'objet d'une enquête pour complot et au titre de l'article 72 du code pénal, passible de la peine de mort.
La crise de l'eau en Tunisie

Le ministère de l'agriculture affirme que le stock n'est pas le problème. Fayez Meslem, son directeur général des barrages, a déclaré à l'agence TAP fin juin 2026 que les barrages étaient à 60 % d'une capacité d'environ 2,3 milliards de mètres cubes, un niveau qu'il a jugé très rassurant. Il n'existe aucune série publiée à laquelle comparer ce chiffre : l'ONAGRI, l'observatoire du ministère, n'a plus publié de bulletin quotidien des barrages depuis le 10 octobre 2025, où le taux de remplissage national était de 27,4 %.

L'Observatoire tunisien de l'eau, qui est indépendant, a enregistré 201 signalements citoyens en janvier 2026 et 608 en juillet, dont 549 coupures non annoncées. Nabeul arrivait en tête en juillet avec 65, devant Monastir avec 62 et Mahdia avec 51. Son rapport annuel pour 2025 comptait 3 064 signalements, dont 2 666 coupures et perturbations de l'approvisionnement. Sa première recommandation était une évaluation globale et indépendante du système de distribution par quotas, un système qui se poursuit, dit l'Observatoire, sans qu'aucun résultat d'évaluation scientifique de son efficacité soit publié.

Abdelhamid Mnaja, qui dirige la société publique des eaux Sonede, a déclaré à Jawhara FM le 17 juillet 2026 que les perturbations venaient surtout des stations de pompage. Environ 1 500 d'entre elles marchent à l'électricité, et la Sonede est le premier client de la Steg, la compagnie publique d'électricité. Dans plusieurs zones de Mahdia, Sousse et Monastir, l'eau a été coupée de minuit à cinq heures du matin à partir du 5 juillet 2026, et Mnaja a dit que ce régime tiendrait jusqu'à l'ouverture de nouvelles installations. L'une est la station de traitement des eaux de Kallâa Kebira, prévue pour décembre 2026.

De l'eau se perd aussi avant d'arriver. Houcine Rhili, expert en ressources hydrauliques, a déclaré à L'Économiste Maghrébin le 6 août 2026 que 20 à 25 % de l'eau potable disparaît dans les conduites, soit 120 à 130 millions de mètres cubes par an. Un cinquième des conduites dépassent 50 ans, ajoute-t-il. Il date de 1995 et 1996 le retrait de l'État du financement des infrastructures hydrauliques. Dans la médina de Sfax, un projet Sonede financé par le Japon a ramené les pertes de 50 % à 26 %.

La coupure de Borj Erras durait depuis près de 20 jours au 14 août 2026, selon le gouvernorat de Mahdia ; le député de la circonscription a dit qu'elle durait depuis plus d'un mois. Les habitants ont manifesté. Des avocats mandatés par la Ligue tunisienne des droits de l'homme ont indiqué que les personnes gardées à vue étaient pour la plupart mineures et qu'elles avaient été libérées le soir même. La Ligue et le barreau de Mahdia affirment que le dossier repose sur le complot, sur l'article 72 du code pénal, passible de la peine de mort, et sur l'article 24 du décret-loi 54, utilisé contre ceux qui filmaient.

2012026-013172026-022042026-032242026-043022026-054232026-066082026-07
Alertes citoyennes sur l'eau enregistrées par l'Observatoire tunisien de l'eau, 2026 · alertes · Source: Observatoire tunisien de l'eau
Janvier, février, mars, avril et juin sont les chiffres que l'Observatoire tunisien de l'eau donne dans son propre rapport de juin 2026, la source citée ici. Mai vient de son rapport de mai 2026 et juillet de son rapport de juillet 2026. Il s'agit chaque fois des alertes reçues sur sa propre plateforme.
”Depuis 1995-1996, l'État s'est progressivement retiré du financement des infrastructures hydrauliques”
Houcine RhiliExpert en ressources hydrauliques

Les chiffres

Remplissage des barrages annoncé par le ministère, fin juin 2026
60 %, fin juin 2026
Fayez Meslem, directeur général des barrages et des grands travaux hydrauliques, a déclaré à l'agence TAP fin juin 2026 que le remplissage des barrages atteignait 60 % d'une capacité totale estimée à environ 2,3 milliards de mètres cubes. Il a jugé ce niveau très rassurant au regard des dernières années.
Le dernier bulletin national des barrages publié par l'ONAGRI
27,4 %, 10 octobre 2025
L'archive du bulletin quotidien des barrages de l'ONAGRI, l'observatoire du ministère de l'agriculture, s'arrête à l'édition du 10 octobre 2025 et ne recense aucune date de 2026. Le total national de cette édition est un taux de remplissage de 27,4 % pour un volume de 649 millions de mètres cubes.
Stations de pompage tributaires du réseau électrique
Environ 1 500
Le PDG de la Sonede, Abdelhamid Mnaja, a déclaré le 17 juillet 2026 que les perturbations de l'approvisionnement étaient principalement liées au fonctionnement des stations de pompage, qu'environ 1 500 d'entre elles marchent à l'électricité, et que la Sonede est le principal client de la Steg.
Eau potable perdue dans les réseaux, selon l'estimation d'un expert
20 à 25 %, 120 à 130 Mm3 par an
Houcine Rhili, expert en ressources hydrauliques, a déclaré à L'Économiste Maghrébin le 6 août 2026 que 20 à 25 % de l'eau potable injectée dans les canalisations disparaît avant d'arriver aux consommateurs, soit 120 à 130 millions de mètres cubes par an, et que 20 % des conduites du pays ont plus de 50 ans.
Pertes d'eau dans la médina de Sfax, avant et après un projet de rénovation
La Sonede et l'agence japonaise de coopération JICA ont clôturé le 24 avril 2026 leur projet sur les eaux non facturées du Grand Sfax. Les pertes dans la zone pilote, la médina de Sfax, étaient passées de 50 % à 26 %. L'objectif affiché est de ramener l'ensemble de la zone urbaine du Grand Sfax sous 20 %.
Alertes citoyennes enregistrées par l'Observatoire tunisien de l'eau en juillet 2026
L'Observatoire tunisien de l'eau a enregistré 608 alertes citoyennes en juillet 2026 : 549 coupures et perturbations non annoncées, 34 mouvements de protestation, 13 fuites et 12 sur la qualité de l'eau. Nabeul arrive en tête avec 65, devant Monastir avec 62, Mahdia avec 51 et Sousse avec 49.
Ce que l'Observatoire tunisien de l'eau a compté en 2025, et ce qu'il a demandé
L'observatoire a enregistré 3 064 alertes en 2025, dont 2 666 perturbations et coupures et 170 mouvements de protestation. Gafsa arrivait en tête avec 376, devant Sfax avec 230 et Ben Arous avec 219. Sa première recommandation était une évaluation globale et indépendante du système de distribution par quotas, qui se poursuit selon lui sans publication de résultats d'évaluation scientifique de son efficacité.
Ce que le gouvernorat a dit de Borj Erras
Les services du gouvernorat de Mahdia ont indiqué à l'agence TAP le 14 août 2026 que la coupure durait depuis près de 20 jours, et que la Sonede commencerait dès le lendemain matin à approvisionner Borj Erras une heure et demie à deux heures par jour, un rythme qu'elle devrait tenir plus d'une semaine. Ils ont désigné le retard de mise en exploitation de la station de dessalement de Sidi Abdelhamid, à Sousse, comme l'une des principales causes.
Les articles sur lesquels repose le dossier de Borj Erras
La Ligue tunisienne des droits de l'homme et l'ordre régional des avocats de Mahdia ont condamné les poursuites judiciaires visant le mouvement social de l'eau : une enquête ouverte sur le complot, sur l'article 72 du code pénal et sur l'article 24 du décret-loi 54 de 2022, ce dernier visant ceux qui avaient filmé et diffusé les manifestations. L'article 72 est passible de la peine de mort ; l'article 24 de cinq ans de prison et de 50 000 dinars d'amende.
Qui a été gardé à vue, et depuis combien de temps l'eau était coupée
Des avocats mandatés par la Ligue tunisienne des droits de l'homme ont indiqué que les personnes gardées à vue à Mahdia, mineures pour la plupart, avaient été libérées le soir du vendredi 14 août 2026. Le député de la circonscription a confirmé la libération, affirmé que l'eau était coupée depuis plus d'un mois, et demandé au ministère de la santé une prise en charge psychologique des enfants.

Ce que la comparaison montre

Ce sur quoi ils s'accordent

Personne ici n'explique les coupures par des barrages vides. Le ministère de l'agriculture met en avant le taux de remplissage des barrages, qu'il juge rassurant, la Sonede les stations de pompage et le courant qu'elles réclament, et Houcine Rhili des conduites qui perdent un cinquième à un quart de ce qu'on y injecte. Les trois explications situent la panne entre le barrage et le robinet.

Là où ça se sépare

Fayez Meslem affirme que l'eau des barrages couvre les besoins du pays pour l'été. Houcine Rhili situe la perte plus bas dans le système : un cinquième à un quart de l'eau potable injectée dans les conduites n'arrive jamais à un robinet, selon son estimation, et l'État a cessé de payer leur renouvellement en 1995 et 1996. Abdelhamid Mnaja désigne une autre cause, les stations de pompage et l'électricité dont elles dépendent, et dit que la Sonede ajuste l'offre à ce qu'elle peut produire au lieu de couper.

Ce que personne ne dit

Personne n'a publié d'évaluation du système de distribution par quotas qui répartit l'eau tunisienne. L'Observatoire tunisien de l'eau en a réclamé une, globale et indépendante, dans son rapport pour 2025, et affirme que le système se poursuit sans qu'aucun résultat d'évaluation scientifique de son efficacité soit publié. Personne ne dit non plus quand Borj Erras retrouvera une alimentation normale. Le gouvernorat de Mahdia a promis une heure et demie à deux heures par jour à partir du 15 août 2026, pendant plus d'une semaine, sans donner de date pour le retour à la normale, ni pour la station de dessalement de Sidi Abdelhamid à Sousse, dont il désigne le retard comme l'une des principales causes.

Qui dit quoi

Fayez Meslem, Directeur général des barrages et des grands travaux hydrauliques, ministère de l'agriculture

Il affirme que l'eau stockée couvre les besoins du pays pour l'été, et que ce stock devrait alléger les pressions qui avaient conduit la Tunisie à des coupures périodiques les années précédentes.

”المطمئن جدا مقارنة بالسنوات الأخيرة التي شهدت تراجعا حادا في الموارد المائية”très rassurant par rapport aux dernières années, qui ont connu un net recul des ressources en eau
Abdelhamid Mnaja, PDG de la Sonede

La Sonede ne coupe pas l'eau, dit-il : elle ajuste l'offre à ce qu'elle peut produire. Les coupures nocturnes, qu'il appelle un ajustement, durent jusqu'à l'ouverture de nouvelles installations. Il attend des régions côtières qu'elles échappent aux perturbations majeures l'été suivant, une fois la station de Kallâa Kebira en service.

Houcine Rhili, Expert en ressources hydrauliques

Il estime que l'état de la Sonede résulte de décennies de choix publics qui n'ont pas suivi les besoins. Il date de 1995 et 1996 le retrait de l'État du financement des infrastructures hydrauliques, et soutient que rénover les réseaux permettrait de récupérer des volumes importants à un coût inférieur à celui de nouvelles installations de production.

”Depuis 1995-1996, l'État s'est progressivement retiré du financement des infrastructures hydrauliques”Depuis 1995-1996, l'État s'est progressivement retiré du financement des infrastructures hydrauliques

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