samedi 15 août 2026 ··

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Tunisie · Europe · Géopolitique : le brief quotidien
Qui dit quoi · L'eau à Borj Erras et le dossier de complot visant les manifestants

Borj Erras est resté des semaines sans eau, et ceux qui ont protesté sont visés par une enquête pour complot

À partir de samedi, la société nationale des eaux Sonede doit donner à Borj Erras, zone en hauteur de la délégation de Mahdia, une heure et demie à deux heures d'eau par jour. Des familles s'étaient rassemblées devant le siège du gouvernorat pour réclamer la libération de leurs fils détenus. Le vendredi 14 août, la Ligue tunisienne des droits de l'homme et la section des avocats de Mahdia ont dénoncé des accusations de complot visant des jeunes qui avaient manifesté et ceux qui ont filmé les protestations.

Ce sur quoi ils s'accordent

Les deux camps traitent la coupure comme assez longue pour devoir être expliquée. Le gouvernorat qualifie sa propre mesure d'exceptionnelle, et les instances de droits humains fondent leur dossier sur des gens restés des semaines sans eau. Ce sur quoi ils ne s'accordent pas, c'est la durée : les services du gouvernorat chiffrent la coupure continue à près de 20 jours, l'avocat Mestiri parle de plus d'un mois, et aucun ne répond au chiffre de l'autre.

Là où ça se sépare

Le gouvernorat et les voix des droits humains ne répondent pas aux mêmes questions. Le gouvernorat explique pourquoi l'eau s'est arrêtée et invoque la capacité nationale et une station de dessalement pas encore mise en service. La LTDH, la section des avocats, Ben Amor et Mestiri n'abordent pas les causes de la panne d'approvisionnement ; tous quatre condamnent les deux mêmes textes, l'article 72 et le décret 54, et ce qui a été fait à ceux qui se sont plaints. L'observatoire n'est pas dans cet échange : son rapport compte les signalements de tout le pays pour juillet et a paru avant ces prises de position.

Ce que personne ne dit

Aucune des sources citées ici ne dit qui a décidé d'ouvrir une enquête pour complot, ni sur quels éléments elle repose. Al-Quds Al-Arabi ne rapporte les chefs d'accusation qu'à travers les instances et les avocats qui les contestent, et ne donne aucun chiffre sur le nombre de personnes détenues.

La LTDH et la section des avocats de Mahdia, communiqué conjoint, vendredi 14 août

Les deux instances condamnent les poursuites engagées après les protestations liées à l'eau : accusations de complot, article 72 du code pénal, article 24 du décret 54 de 2022. Ces accusations visent des jeunes qui ont manifesté pacifiquement et ceux qui ont filmé les protestations et les ont relayées. Ces jeunes étaient des citoyens conscients de leurs droits, écrivent-elles, et faire de leur revendication un dossier judiciaire transforme la demande d'un droit en soupçon.

”لا يجوز أن تتحول الكاميرا التي تنقل الاحتجاج إلى جريمة، ولا الكلمة التي تصف المعاناة إلى مؤامرة، ولا المطالبة بالماء إلى تهديد للأمن العام”La caméra qui relaie la protestation ne doit pas devenir un crime, le mot qui décrit la souffrance ne doit pas devenir un complot, et la demande d'eau ne doit pas devenir une menace pour la sûreté publique
Ramadan Ben Amor, ancien porte-parole du Forum tunisien pour les droits économiques et sociaux

Ben Amor conteste le fait même que les deux textes soient utilisés contre des gens qui protestent pour le droit à l'eau. L'article 24 du décret 54 prévoit, selon lui, cinq ans de prison et 50 000 dinars d'amende pour diffusion de fausses informations en ligne. Al-Quds rappelle que l'article 72 du code pénal punit de mort l'attentat visant à changer la forme de l'État.

”توجيه تهم حسب الفصل 72 من المجلة الجزائية والفصل 24 من المرسوم 54 للمحتجين من أجل الحق في الماء”Porter des accusations au titre de l'article 72 du code pénal et de l'article 24 du décret 54 contre ceux qui protestent pour le droit à l'eau
Mohamed Ali Mestiri, avocat

Mestiri énumère quelques-uns des chefs sur lesquels le dossier a été ouvert : l'expression d'une opinion en vue de former un complot contre la sûreté intérieure de l'État, et l'attentat visant à changer la forme de l'État ou à provoquer le désordre, les homicides et le pillage. Les personnes visées réclamaient de l'eau après plus d'un mois de soif à Borj Erras, écrit-il.

”كنت دائمًا أقول إن المهدية محرومة من قضايا التآمر. والحمد لله، أخيرًا أتتنا قضية تآمر!”J'ai toujours dit que Mahdia était privée d'affaires de complot. Et Dieu merci, il nous en est enfin arrivé une !
Les services du gouvernorat de Mahdia, administration régionale, citée par l'agence TAP

À partir du samedi 15 août, la société nationale des eaux Sonede doit donner à Borj Erras une heure et demie à deux heures d'eau par jour, pendant plus d'une semaine. Les services du gouvernorat ont indiqué à l'agence TAP qu'il s'agit d'une mesure exceptionnelle pour mettre fin à une coupure continue de près de 20 jours. La pénurie n'est pas régionale, disent-ils, mais tient à la capacité nationale, et l'une des causes principales est le retard de mise en exploitation de la station de dessalement de Sidi Abdelhamid, à Sousse.

L'Observatoire tunisien de l'eau, observatoire indépendant, son rapport mensuel la carte de la soif

En juillet 2026, l'observatoire a enregistré 608 signalements de perturbations de l'approvisionnement en eau, le total mensuel le plus élevé de l'année, dont 549 portaient sur des coupures non annoncées et des perturbations de l'eau potable. Les signalements se concentrent sur le littoral : Nabeul 65, Monastir 62, Mahdia 51 et Sousse 49. Les protestations liées à l'eau sont passées de 23 en juin à 34 en juillet, ce que le rapport qualifie d'indicateur dangereux.

”مرحلة حرجة من الطوارئ المائية”une phase critique d'urgence hydrique

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