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Contexte

Décret 148 : les crédits sur l'honneur à taux zéro

Ce que le décret 148 impose aux banques tunisiennes, qui le paie, et pourquoi personne n'a encore pu emprunter.

Le décret 148 oblige chaque banque tunisienne à prêter au moins 8 % de son bénéfice annuel sans intérêt, sans garantie ni frais de dossier. La première année, estimée à 120 millions de dinars, sort du bénéfice 2025 déjà versé aux actionnaires. Un mois après, personne n'avait pu déposer de dossier.
Décret 148 : les crédits sur l'honneur à taux zéro

Le décret n° 2026-148 du 23 juillet 2026 a paru au journal officiel le lendemain. Il fixe les conditions d'un crédit que la réforme du chèque de 2024 avait inscrit dans le code de commerce sans jamais en organiser l'application. Chaque banque doit désormais ouvrir dans ses livres un compte dédié à la ligne de financement sur l'honneur et l'alimenter, chaque année, d'au moins 8 % de son bénéfice. Ces crédits sont sans intérêt, sans garantie et sans frais de dossier. Ils courent sur deux ans au maximum, avec un différé possible de six mois.

Le décret vise quatre catégories d'emprunteurs : les particuliers, les porteurs de microprojets, les PME et les sociétés communautaires. Une déclaration sur l'honneur ne donne droit à rien, a prévenu début août le conseiller fiscal Mohamed Salah Ayari. La banque examine chaque dossier, dispose de dix jours ouvrables pour répondre et doit motiver un refus. Aram Belhadj, économiste à l'université de Carthage, relève que le décret n'explique jamais comment la banque doit apprécier la capacité de remboursement une fois toute garantie interdite.

Ce n'est pas l'État qui finance ces crédits. Ce sont les banques, sur un bénéfice que leurs actionnaires ont, dans la plupart des cas, déjà voté et encaissé. Mohamed Salah Ayari évalue l'enveloppe de la première année à environ 120 millions de dinars, dont au moins la moitié réservée aux PME et aux sociétés communautaires. Le député Imed Aouled Jebril arrive à près de 129 millions, à partir des résultats 2025 publiés par une dizaine de banques. La Presse a rapporté les deux estimations le 4 août, et elles portent sur les mêmes 8 %.

Le décret s'applique à partir de l'affectation des bénéfices de 2025. L'article 8 laisse à la banque quinze jours après l'assemblée générale qui a voté cette affectation pour verser l'argent. Or les grandes banques ont tenu ces assemblées entre avril et juin 2026, avant la publication. African Manager, site tunisien d'information économique, y voit une rétroactivité de fait : les 8 % s'imputent sur un bénéfice déjà distribué. Le site n'y trouve pas non plus de voie de recouvrement contre un emprunteur défaillant, et des sanctions qui visent la banque, pas l'emprunteur.

Un mois après la publication, les crédits n'avaient toujours pas démarré. Le spécialiste du droit bancaire Mohamed Nekhili a indiqué le 18 août que des clients se présentaient dans les agences et que la banque centrale avait demandé aux banques de ne pas y recevoir les demandes. Chaque banque doit ouvrir à la place une plateforme en ligne sécurisée, et les crédits commenceront une fois ces plateformes reliées au système d'information en temps réel de la banque centrale.

Les chiffres

Ce que chaque banque doit mettre de côté
8 %
Au moins 8 % du bénéfice, chaque année, versés sur un compte que chaque banque doit ouvrir dans ses livres pour la ligne de financement sur l'honneur. L'obligation part de l'affectation du bénéfice de l'exercice 2025.
Les plafonds, par bénéficiaire
5 000 / 10 000 / 25 000
5 000 dinars pour un particulier finançant des besoins de consommation, 10 000 dinars pour un porteur de microprojet, 25 000 dinars pour une PME ou une société communautaire. Le décret définit le microprojet par un investissement cumulé ne dépassant pas 150 000 dinars, et la PME par un investissement compris entre 150 000 dinars et 15 millions.
Le délai de remboursement
2 ans
Le décret 148 de 2026 fait des crédits sur l'honneur des financements à court terme : remboursés en deux ans au maximum, avec un délai de grâce pouvant aller jusqu'à six mois, et sans aucune garantie ni assurance.
Ce que les 8 % représenteraient
Environ 120 millions de dinars la première année, selon l'estimation du conseiller fiscal Mohamed Salah Ayari, dont au moins la moitié réservée aux PME et aux sociétés communautaires. Le député Imed Aouled Jebril arrive à près de 129 millions, à partir des résultats 2025 publiés par une dizaine de banques.
Paru au journal officiel
Le décret n° 2026-148 du 23 juillet 2026, signé par le président Kaïs Saïed, la cheffe du gouvernement Sara Zaafrani Zenzri et la ministre des Finances Michket Slama Khaldi, a paru au journal officiel le vendredi 24 juillet 2026.
Pourquoi personne ne peut encore déposer de dossier
Le spécialiste du droit bancaire Mohamed Nekhili a indiqué le 18 août 2026 que la banque centrale avait demandé aux banques de ne pas recevoir les demandes de crédit sur l'honneur dans leurs agences. Chacune doit ouvrir à la place une plateforme en ligne sécurisée, et les crédits démarreront une fois ces plateformes reliées au système d'information en temps réel de la banque centrale.

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