La sécurité alimentaire en Tunisie
La Tunisie a connu une bonne année céréalière en 2026 et devrait malgré tout acheter plus de blé à l'étranger qu'elle n'en produit. Ce qu'elle cultive, c'est du blé dur, alors que la farine à pain se fait avec du blé tendre largement importé, et l'État comble l'écart entre le prix d'achat et le prix subventionné auquel il le revend. La chaleur du même été a tué assez de volailles pour que le ministère de l'Agriculture envisage d'importer des œufs à couver.

La récolte céréalière tunisienne 2026 a dépassé le plan. La Presse rapportait le 1er août que la moisson était achevée à 98 pour cent, avec plus de 10,752 millions de quintaux collectés, sur une récolte que le ministère de l'Agriculture estimait à plus de 20 millions de quintaux. Le budget économique de la Tunisie avait retenu 19 millions de quintaux. Un quintal fait 100 kilogrammes, la récolte dépasse donc 2 millions de tonnes de grains de toutes sortes. Les 98 pour cent mesurent l'avancement de la moisson, pas la part de la récolte arrivée dans un centre de collecte.
Le département américain de l'Agriculture compte le blé seul, et en tonnes. Son rapport d'avril 2026 prévoit une production de 1,2 million de tonnes pour 2026/27, face à une consommation de 3 millions de tonnes et à des importations de 1,85 million : la Tunisie produit deux cinquièmes du blé qu'elle consomme. L'Office des céréales est le seul importateur pour le marché intérieur. Ce qu'il fait entrer est vendu à un tarif subventionné et l'État comble la différence, si bien qu'une hausse du cours mondial pèse sur le budget et non sur le prix du pain.
Cette prévision situe le blé dur à 1,098 million de tonnes et le blé tendre à 102 000 tonnes. La farine à pain se fait avec du blé tendre, et La Presse indique qu'une part importante de ce blé est importée. Les deux chiffres ne reposent pas sur la même base. Celui de l'USDA est une prévision d'avril, établie avant la moisson. La Presse rapportait le 1er août que 1,1 million de quintaux de blé tendre, soit 110 000 tonnes, avaient été collectés, contre 600 000 quintaux la campagne précédente. Le journal chiffre la consommation mensuelle à 100 000 tonnes : une année de collecte équivaut donc à un mois de consommation.
Le même été a frappé les volailles. Réalités rapportait le 7 septembre que les vagues de chaleur et des coupures répétées d'électricité et d'eau avaient porté la mortalité à 100 pour cent dans certains bâtiments d'élevage, selon des chiffres de la télévision nationale. La chambre nationale des commerçants de volailles et de viandes blanches attend environ 11 000 tonnes en septembre, contre les 16 000 tonnes attendues avant les vagues de chaleur. Elle situe la consommation entre 350 et 400 tonnes par jour : la production de septembre couvre donc à peu près un mois de consommation. Le ministère de l'Agriculture envisage d'importer des œufs à couver pour novembre et décembre.
L'indemnisation passe par des papiers. Salah Charfeddine préside l'Union régionale de l'agriculture de Mahdia. Le 30 août, il a déclaré à l'agence TAP qu'aucun dégât n'avait été enregistré chez les aviculteurs exerçant dans le cadre légal, et que rien n'était parvenu à son union établissant la régularité des élevages touchés. L'autorisation et le certificat d'aptitude ouvrent l'accès au fonds des calamités du ministère de l'Agriculture. Le 7 septembre, il a chiffré les pertes de juillet à Mahdia entre 150 000 et 200 000 volailles dans environ 200 élevages. La première déclaration porte sur les demandes d'indemnisation, la seconde sur les volailles mortes.
”Malgré les inquiétudes sur le coût devenu trop lourd de la subvention du blé pour le budget tunisien, rien n'indique que le programme de subvention changera ni que les importations diminueront.”
Les chiffres
Ce que la comparaison montre
Ce sur quoi ils s'accordent
Rien dans ce que disent ces deux organismes ne laisse penser que la Tunisie achètera moins de blé. L'USDA affirme sans détour que rien n'indique un changement du programme de subvention ni une baisse des importations. L'Office des céréales en dit moins : le blé dur collecté devrait couvrir les besoins nationaux dans cette céréale jusqu'en janvier 2027, ce qui est une date et non un changement de ce qu'il faut acheter.
Là où ça se sépare
Les deux organismes ne se contredisent pas : ils comptent des céréales différentes. L'Office compte le blé dur, 1,098 million de tonnes sur les 1,2 million de tonnes de blé prévues par l'USDA, et indique que la collecte couvre les besoins nationaux jusqu'en janvier 2027. L'USDA compte tout le blé, y compris le blé tendre que la Tunisie ne produit presque pas, et retient malgré tout des importations en hausse. Une bonne année de blé dur ne change rien au blé tendre.
Ce que personne ne dit
L'USDA qualifie d'extrême la charge de la subvention sur le budget de l'État et ne dit jamais ce qu'elle coûte. Réalités indique que la filière avicole ne dispose pas de statistiques officielles assez récentes ni assez précises pour mesurer les pertes à l'échelle nationale ou compter les élevages touchés. Le Groupement interprofessionnel des produits avicoles et cunicoles a demandé aux éleveurs de déclarer leurs pertes avant le 7 septembre, et Réalités indique que le ministère de l'Agriculture s'appuiera sur les résultats pour ajuster la production. En attendant un chiffre national, le seul décompte est celui d'une union régionale, pour un seul gouvernorat. Le décompte donné par Salah Charfeddine ne dit pas combien de ces 200 élevages détiennent l'autorisation et le certificat exigés par le fonds des calamités.
Qui dit quoi
Prévoit 1,85 million de tonnes d'importations de blé en 2026/27, en hausse de 3 pour cent sur l'année précédente, la Tunisie reconstituant ses stocks vers deux mois de consommation. Relève que le prix du pain est un sujet sensible et que la subvention est restée en l'état malgré ce que le rapport appelle une charge extrême sur le budget de l'État.
”Despite concerns that the wheat subsidy is becoming too expensive for the Tunisian budget, there is no indication that the subsidy program will change or imports will decrease.”Malgré les inquiétudes sur le coût devenu trop lourd de la subvention du blé pour le budget tunisien, rien n'indique que le programme de subvention changera ni que les importations diminueront.
A indiqué après la récolte 2026 que le blé dur collecté devrait couvrir les besoins nationaux dans cette céréale jusqu'en janvier 2027. La Presse ajoute que les quantités collectées devraient réduire le coût des importations et améliorer la balance commerciale alimentaire.
Qualifie juillet de mois difficile et éprouvant pour les éleveurs, en raison de la hausse exceptionnelle des températures et de l'humidité. Il est lui-même petit éleveur, et son activité de poulet de chair fait vivre quatre familles.
Estime que les longues coupures survenues pendant les pics de chaleur ont aggravé les pertes des éleveurs. Ses propres pertes sont telles qu'il envisage d'abandonner le métier, ayant eu, dit-il, de grandes difficultés à faire face seul aux coupures et aux fortes chaleurs.
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