L'inflation en Tunisie : ce que la banque centrale peut et ne peut pas atteindre
L'inflation annuelle en Tunisie est montée à 5,6 % en septembre 2026, avec 8,4 % pour l'alimentation et les boissons. La banque centrale a maintenu son taux directeur à 7 % en juillet puis en octobre, et par une circulaire du 9 octobre elle a relevé le taux de réserves obligatoires sur les comptes à vue de 1 % à 3 %, applicable au 1er novembre. Les prix des carburants, fixés par l'État, n'ont pas changé depuis 2021, et le projet de loi de finances 2027 autoriserait le Trésor à puiser jusqu'à 9,8 milliards de dinars auprès de cette même banque.

Le taux d'inflation tunisien vient de l'institut de la statistique, l'INS, qui publie un indice des prix à la consommation chaque mois. Il s'est établi à 5,6 % en septembre 2026, contre 5,4 % en août, et c'est le plus élevé des neuf relevés mensuels publiés par l'INS cette année. L'INS l'explique par l'accélération de trois groupes sur un an : l'alimentation et les boissons, en hausse de 8,4 %, l'habillement et les chaussures, en hausse de 9,2 %, et l'enseignement, en hausse de 5,5 %. Sur le seul mois de septembre, les prix ont augmenté de 0,8 %.
L'instrument principal de la banque centrale n'a pas bougé : son conseil a maintenu le taux à 7,00 % le 29 juillet, puis le 7 octobre. En juillet, sa mesure sous-jacente, qui exclut les produits alimentaires frais et les prix administrés, stagnait à 5 % depuis trois mois, ce que la banque lisait comme la persistance des pressions internes sur les prix. En octobre, cette mesure affichait 5,1 %, et le conseil jugeait les risques sur l'inflation toujours orientés à la hausse. L'INS mesure le sous-jacent autrement, hors alimentation et énergie, et le situe à 4,9 % en septembre.
L'autre levier de la banque centrale est le taux de réserves obligatoires. La circulaire 2026-11 du 9 octobre le relève de 1 % à 3 % au 1er novembre, sur les comptes à vue et les autres sommes dues à la clientèle. Le taux reste à zéro sur les comptes d'épargne, les dépôts à terme et les certificats de dépôt. Trois pour cent d'un milliard de dinars font 30 millions, là où 1 % en faisait 10. Selon L'Économiste Maghrébin, l'instrument vise à stabiliser les taux du marché monétaire et à accentuer le besoin des banques en monnaie centrale, le moyen par lequel la banque régule la liquidité bancaire.
En juillet, la banque centrale a affirmé que des prix stables exigent plus que la politique monétaire, et a appelé l'ensemble des politiques économiques à converger. L'énergie est la première cause qu'elle désigne : la facture énergétique a atteint un record de 8 502 millions de dinars au premier semestre 2026. Le déficit courant atteignait 4 241 millions de dinars sur ce semestre, et 4 694 millions sur huit mois selon les chiffres du conseil d'octobre. Les prix des carburants n'ont pas changé depuis 2021, de sorte que l'écart entre les cours mondiaux et la pompe pèse sur le budget et non sur l'indice.
Le projet de loi de finances 2027 autoriserait le Trésor à puiser jusqu'à 9,8 milliards de dinars sans intérêt auprès de la banque centrale, en dérogeant à l'article 25 de la loi de 2016 fixant le statut de la banque. Fitch a recensé les mêmes prêts à 7 milliards de dinars en 2024 puis en 2025, et 11 milliards dans la loi de finances 2026. En septembre, l'agence attendait la fin de ces financements en 2027. Webdo situe l'avance à environ 67 % du déficit prévisionnel de 14,615 milliards de dinars et à près de 35 % d'un besoin de financement de 28,122 milliards.
Les chiffres
Ce que la comparaison montre
Ce sur quoi ils s'accordent
Le communiqué de juillet de la banque, Belhaj et Soussi chiffrent tous l'énergie. Le communiqué fait état d'une facture énergétique à l'importation de 8 502 millions de dinars au premier semestre 2026, et d'un compte courant excédentaire de 2 538 millions une fois l'énergie retirée. La lecture de Belhaj des chiffres du commerce extérieur place le déficit énergétique à lui seul à 7 946,1 millions de dinars sur un déficit commercial de 14 957,6 millions. Le chiffre de Soussi est budgétaire : une subvention des carburants d'environ 11,2 milliards de dinars sur l'année, contre près de 5 milliards prévus.
Là où ça se sépare
Chkoundali estime que resserrer la liquidité bancaire ne peut pas atteindre cette inflation, parce que, dans sa lecture du conseil de la banque lui-même, les tensions viennent du coût de la production, de l'énergie et des matières premières et non de la demande. Il en attend le coût sur le crédit et l'investissement. Saïed avait demandé aux banques, en septembre, de prêter plus facilement et à de meilleures conditions, et la circulaire du 9 octobre immobilise 30 millions de dinars par milliard de dépôts à vue. Belhaj qualifie le taux directeur élevé de gestion de crise plutôt que de réponse aux causes.
Ce que personne ne dit
Réuni le 7 octobre, le conseil a longuement traité de l'inflation sans jamais mentionner le taux de réserves obligatoires qu'il allait relever deux jours plus tard. La circulaire elle-même est rédigée comme une modification d'une grille de taux. L'objectif qui figure sur cette page vient donc de L'Économiste Maghrébin, qui explique l'instrument par les taux du marché monétaire et la liquidité, et de Chkoundali, qui déduit un motif lié à l'inflation du communiqué du conseil et non de ce que la banque aurait dit de la circulaire.
Qui dit quoi
Recevant la cheffe du gouvernement et le gouverneur de la banque centrale à Carthage le 23 septembre, il a appelé les banques à soutenir l'économie, à faciliter l'accès au crédit à des conditions avantageuses, et à respecter les circulaires de la banque centrale. La Presse rapporte que la hausse excessive des prix a occupé une large part de la réunion, et qu'il a insisté sur la rationalisation des importations et sur la poursuite sans relâche de la lutte contre la corruption. Il a affirmé que l'État social ne doit pas rester un slogan inscrit dans la Constitution mais être ressenti par le citoyen au quotidien.
Dans une analyse publiée sur sa page Facebook, rapportée par L'Économiste Maghrébin le 13 octobre, il soutient que restreindre la liquidité bancaire ne peut pas atteindre cette inflation, parce que la banque elle-même, dit-il, attribue les tensions au coût de la production, de l'énergie et des matières premières plutôt qu'à la demande. Dans sa lecture, la mesure freine plutôt le crédit, l'investissement privé et la croissance. Il l'oppose aussi à la politique de prêts d'honneur sans intérêt de l'État : une banque qui finance ces prêts tout en immobilisant une part plus importante de ses dépôts dispose de moins de marge, et les PME sont en première ligne. Il reconnaît que les prêts d'honneur sont financés par des provisions sur bénéfices antérieurs et non par les dépôts servant de base aux réserves, et juge que la tension demeure.
Dans une publication Facebook rapportée par Réalités le 12 août, il lit un déficit commercial de 14 957,6 millions de dinars, contre 11 904,2 millions sur la même période de 2025, comme structurel plutôt que comme un choc extérieur passager. Son argument est le déficit hors énergie, qui a presque doublé en deux ans. Le taux de couverture des importations par les exportations est tombé à 73,1 % contre 79,4 %, troisième baisse annuelle consécutive, le déficit énergétique à lui seul atteignant 7 946,1 millions de dinars. Il qualifie la réponse de la banque centrale, obligation de financement propre pour les importations jugées non prioritaires et taux directeur élevé, de gestion de crise à court terme plutôt que de réponse aux causes.
Il estime que la subvention des carburants pour 2026 pourrait atteindre environ 11,2 milliards de dinars, contre près de 5 milliards inscrits dans un budget construit sur un baril à 63,3 dollars. Selon son calcul, un baril moyen proche de 95 dollars ajouterait 6,288 milliards de dinars de dépenses, et le brut a dépassé 104 dollars à certains moments. Les prix à la pompe n'ont pas changé depuis 2021 et le mécanisme d'ajustement périodique n'a pas été activé, dit-il, de sorte que l'État prend en charge une large part de l'écart. Une loi de finances complémentaire serait le moyen technique de trouver l'argent.
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