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Contexte

Corruption et réconciliation : la prison, ou rendre l'argent

La Tunisie peut emprisonner ceux qui ont pris de l'argent public, ou les laisser conclure une réconciliation pénale et rendre l'argent. Au 29 septembre, la commission de réconciliation n'avait rendu public aucun accord, aucune libération ni aucun montant récupéré, alors que les tribunaux plaçaient sept suspects en détention et prononçaient des peines de prison dans deux autres affaires.

Le dispositif tunisien de réconciliation pénale devait ramener 13,5 milliards de dinars, chiffre tiré des sommes attribuées à 460 personnes recensées dans le rapport d'une commission d'investigation sur la corruption. Quatre ans et trois commissions plus tard, Business News rapportait le 29 septembre que la commission n'avait rendu public aucun résultat permettant de mesurer son action. Dans les mêmes semaines, les tribunaux plaçaient sept personnes en détention à Monastir et condamnaient Nesrine Ben Ali et Sakher El Materi à six ans chacun.
Corruption et réconciliation : la prison, ou rendre l'argent

La Tunisie traite l'argent pris à l'État de deux façons qui tirent en sens contraire. Les tribunaux condamnent à la prison. Un dispositif de réconciliation pénale, créé par le décret-loi 13 de 2022, permet de payer à la place. Il concerne les hommes d'affaires et les fonctionnaires tenus pour dépositaires de l'argent public, pour les infractions économiques et financières en particulier, et il atteint des faits antérieurs à 2022. Une commission nationale examine chaque demande. L'avocate Amel Hammami dit que le législateur voulait une justice fondée sur la réparation et la récupération des fonds publics plutôt que surtout sur les peines de prison.

Kaïs Saïed a fixé l'objectif à 13,5 milliards de dinars, tiré des sommes attribuées aux 460 personnes recensées dans le rapport de la commission d'investigation sur la corruption. La troisième commission de réconciliation a prêté serment devant lui le 26 juin 2026, sous la présidence d'Ali Abbess, en reprenant un dossier qui avait déjà usé deux commissions. Business News a rapporté le 29 septembre qu'elle n'avait annoncé aucun accord, enregistré aucune libération ni communiqué aucun montant récupéré. La loi lui donne quatre mois pour statuer sur chaque demande, à compter d'une date de saisine qui n'a pas été rendue publique.

Le décret-loi 2 de 2026 a paru au Journal officiel le mercredi 30 septembre. Il réécrit une partie de deux articles du texte de 2022 : l'article 25, sur la réconciliation provisoire, et l'article 30, sur l'affectation des recettes. Une réconciliation provisoire exige désormais au moins la moitié des sommes dues, et le reliquat doit être payé dans un délai de deux ans au plus. Ce délai était de trois mois en 2022 et de six mois sous la loi 3 de 2024. La commission de réconciliation peut proposer moins de la moitié lorsqu'elle juge certains et sérieux les éléments avancés par le demandeur.

Une réconciliation provisoire ne clôt pas l'affaire. Amel Hammami dit qu'elle suspend les effets pénaux seulement pendant l'exécution des engagements. Si le demandeur ne les mène pas à terme, les poursuites, le procès ou l'exécution de la peine reprennent, et les fonds donnés en garantie passent à l'État. L'article 30 du texte de 2022 laisse au Conseil de sécurité nationale le soin de décider des domaines et des projets que les recettes financent, et l'amendement de 2026 les destine à des projets d'importance et d'intérêt national ainsi qu'à des projets de développement.

Pendant ce temps, les tribunaux ont agi : Webdo a rapporté le 14 septembre que sept personnes avaient été placées en détention à Monastir pour des soupçons de corruption et de blanchiment. Le 22 septembre, une chambre de Tunis a condamné Nesrine Ben Ali et Sakher El Materi à six ans chacun. Webdo, citant Mosaïque FM, indique que le jugement a été rendu par contumace. La Presse a rapporté le 2 octobre que la Cour d'appel de Tunis avait confirmé dix ans pour un ancien député du Parlement dissous, cinq ans pour un ancien ministre de l'Environnement et deux ans avec sursis pour l'épouse du député.

”Aujourd'hui l'occasion s'offre de nouveau, pour ceux qui sont impliqués en Tunisie comme à l'étranger, de conclure avec eux une réconciliation pénale, qui est ensuite soumise au Conseil de sécurité nationale.”
Kaïs SaïedPrésident de la République

Les chiffres

La somme que le dispositif devait récupérer
13,5 milliards de dinars
13,5 milliards de dinars, chiffre tiré par Kaïs Saïed des sommes attribuées aux 460 personnes recensées dans le rapport de la commission nationale d'investigation sur la corruption et la malversation.
Ce que la troisième commission avait publié au 29 septembre
rien de publié
Rien qui permette de mesurer son action. Trois mois après sa prestation de serment le 26 juin 2026, aucun accord n'avait été annoncé, aucune libération enregistrée, aucun montant récupéré communiqué et aucun bilan d'activité publié.
Ce que le président a fait le 5 août
Saïed a reçu Ali Abbess pour examiner l'état d'avancement des travaux, lui a demandé d'accélérer le traitement des dossiers et a dénoncé les lourdeurs procédurales, quarante jours après la prestation de serment de la commission.
Le délai pour payer le reliquat
de trois mois à deux ans
Trois mois dans le décret-loi de 2022, six mois sous la loi 3 de 2024, et deux ans sous le décret-loi du 30 septembre 2026.
La part due avant la suspension des effets pénaux
au moins la moitié
Au moins la moitié des sommes dues. La commission peut proposer moins lorsqu'elle juge certains et sérieux les éléments avancés par le demandeur.
Ce que la réconciliation provisoire ne fait pas
suspend, n'éteint pas
Elle ne clôt pas l'affaire. Elle suspend les effets pénaux seulement pendant l'exécution des engagements, et si ceux-ci ne sont pas tenus, les poursuites, le procès ou l'exécution de la peine reprennent et les fonds donnés en garantie passent à l'État.
Les mandats de dépôt de Monastir, rapportés le 14 septembre
sept mandats
Sept, délivrés par le juge d'instruction près le Tribunal de première instance de Monastir dans une enquête sur des soupçons de corruption administrative et financière, d'abus d'influence et de blanchiment d'argent autour de marchés publics. Webdo écrit qu'aucune source consultée ne précise les montants concernés.
La condamnation Ben Ali du 22 septembre
six ans chacun
Six ans chacun pour Nesrine Ben Ali et Sakher El Materi, prononcés par la chambre spécialisée dans les affaires de corruption financière du tribunal de première instance de Tunis, et cinq ans pour un expert-comptable poursuivi dans le même dossier. Webdo, citant Mosaïque FM, rapporte que le jugement a été rendu par contumace.
Confirmé en appel, rapporté le 2 octobre
dix et cinq ans
Dix ans pour un ancien député du Parlement dissous, cinq ans pour un ancien ministre de l'Environnement, et deux ans avec sursis pour l'épouse de l'ancien député. La Presse a rapporté la décision sans nommer aucun des trois.

Ce que la comparaison montre

Ce sur quoi ils s'accordent

Tous deux disent que l'objectif est de récupérer l'argent public plutôt que de remplir les prisons.

Là où ça se sépare

Saïed et Amel Hammami ne s'opposent pas : il énonce le résultat qu'il veut, l'argent public rendu et les dossiers bouclés vite, elle énonce ce que le texte modifié exige, au moins la moitié des sommes et une suspension qui tombe si les paiements s'arrêtent, et aucun des deux ne répond à l'autre sur cette page.

Ce que personne ne dit

Personne ne dit si l'une des personnes visées dans ces trois affaires judiciaires a demandé à bénéficier de la réconciliation pénale. Aucune source ici ne nomme l'ancien député du Parlement dissous, son épouse, l'ancien ministre de l'Environnement ni les sept placés en détention à Monastir, et aucune ne donne le nombre de dossiers examinés par la commission de réconciliation, le nombre de réconciliations approuvées par le Conseil de sécurité nationale, ni aucun montant transféré à l'État. Le volet réconciliation se compte en dinars et le volet judiciaire en années de prison : aucune source ici ne donne de somme récupérée par la voie judiciaire. Webdo mentionne une amende de plus de quatre milliards de dinars contre Sakher El Materi dans une autre affaire, et une amende est une peine prononcée, non de l'argent dont il est établi qu'il est arrivé au Trésor.

Qui dit quoi

Kaïs Saïed, Président de la République

Présente la réconciliation comme une occasion de nouveau offerte et non comme un tribunal. Il a dit à Carthage en juin qu'il ne veut pas d'un tribunal pour régler des comptes, mais une réconciliation qui rende au peuple chaque millime qui lui a été volé, et que l'offre vaut pour ceux qui sont en prison comme pour ceux qui sont hors du pays. Il a demandé à Ali Abbess de ne plus perdre de temps dans des procédures sans objet, et a dit qu'il n'y a place ni pour le marchandage ni pour le langage du chantage.

”اليوم تتاح الفرصة من جديد، سواء لمن تورطوا في الداخل أو في الخارج، لإبرام صلح جزائي معهم يُعرض إثر ذلك على مجلس الأمن القومي”Aujourd'hui l'occasion s'offre de nouveau, pour ceux qui sont impliqués en Tunisie comme à l'étranger, de conclure avec eux une réconciliation pénale, qui est ensuite soumise au Conseil de sécurité nationale.
Amel Hammami, Avocate près la Cour d'appel

Lit le décret-loi de 2026 comme une étape du dispositif et non comme une rupture. Elle dit qu'il ne remet pas en cause le système instauré en 2022, qu'il donne à la commission une marge d'appréciation sur la situation particulière du demandeur, et que le délai de paiement du reliquat est passé de trois mois à six, puis à deux ans. Elle précise qu'une réconciliation provisoire ne fait que suspendre les effets pénaux et ne les éteint pas.

”يمثّل مرحلة جديدة في تطوير منظومة الصلح وتفعيل تطبيقها على أرض الواقع، ويرسّخ مصالحة مع رجال الأعمال والموظّفين باعتبارهم مؤتمنين على المال العام”Il représente une nouvelle étape dans le développement du dispositif de réconciliation et dans son application effective sur le terrain, et il consacre une réconciliation avec les hommes d'affaires et les fonctionnaires en leur qualité de dépositaires de l'argent public.

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