Cinq voix expliquent les coupures d'électricité en Tunisie, une seule accuse un ennemi sans le nommer
Les coupures tournantes ont commencé dans le Grand Tunis le 12 juillet et la STEG les a officialisées quatre jours plus tard. Elles duraient encore le 26 août, quand le président a convoqué les patrons de la STEG et de la SONEDE, et l'eau manquait aussi dans plusieurs régions.
Ce sur quoi ils s'accordent
Aucun des cinq ne décrit une solution déjà en cours. L'observatoire, l'ingénieur et le syndicat aboutissent au même point par des chemins différents : une capacité qui n'a jamais été construite, et un ministère qui ne débloque pas les nouveaux projets et ne dit pas la vérité sur l'état de l'approvisionnement.
Là où ça se sépare
Ils désignent quatre causes, et non une. Le président désigne des personnes, sans dire lesquelles. La STEG désigne l'heure et la charge, une demande qui dépasse sa capacité entre 13h et 17h. L'observatoire désigne une décennie où l'investissement dans les stations de production a reculé de 87 %, un constat auquel l'ingénieur arrive indépendamment par une autre voie : un système de production qui fonctionne désormais tout l'été sans marge de sécurité technique. Le syndicat désigne un ministère qui refuse de dire aux citoyens la vérité sur l'état de l'approvisionnement.
Le 26 août, Saïed a réuni au palais de Carthage la cheffe du gouvernement, les ministres chargés de l'Énergie et des Ressources hydrauliques et les PDG de la STEG et de la SONEDE. Il a affirmé que des enquêtes avaient établi que les coupures enregistrées dans plusieurs régions ne relevaient pas de pannes ordinaires mais d'actes prémédités. Il a accusé leurs auteurs présumés de chercher à attiser les tensions et à perturber les citoyens.
Ennaifer explique que la demande estivale dépasse désormais les quelque 5 000 mégawatts que l'entreprise peut fournir, avec une pointe entre 13h et 17h quand tournent les climatiseurs, ce qui laisse deux issues : le délestage tournant ou l'importation depuis la Libye et l'Algérie. Elle indique qu'un délestage dure de 30 minutes à une heure, donc selon elle une coupure plus longue est une panne sur le réseau plutôt qu'un délestage programmé.
Contre l'explication de la STEG, une demande estivale en pointe, l'observatoire dit que la chaleur n'est pas la véritable explication. Son rapport chiffre les investissements de la STEG dans les stations de production à 1,947 milliard de dinars sur 2016-2020 et à 248 millions sur 2021-2025, soit une baisse de 87 %, quand la consommation progressait en moyenne de 3,8 % par an entre 2021 et 2025. Plusieurs projets de production attendent le feu vert du ministère de l'Industrie, des Mines et de l'Énergie, qui a le dernier mot sur ces dossiers.
Foued Ali a déclaré le 20 août sur Jawhara FM qu'il rejoint l'observatoire : les coupures répétées ne tiennent pas d'abord aux vagues de chaleur. Le système de production de la STEG fonctionne désormais tout l'été sans marge de sécurité technique, dit-il, ce qui rend le pays durablement dépendant de l'électricité et du gaz importés. Il demande que le dossier bloqué des concessions soit réglé et que des capitaux aillent vers de grandes centrales conventionnelles.
Elias Ben Ammar affirme que c'est le ministère de l'Industrie, des Mines et de l'Énergie, et non la STEG, qui refuse de dire aux citoyens l'état réel de l'approvisionnement et qui empêche l'entreprise de les prévenir avant une coupure. Deux solutions présentées comme acquises n'en sont pas, dit-il : le nouveau moteur de la station de Mornaguia n'a fait que réparer un transformateur en panne, sans ajouter de capacité nouvelle, et le navire-centrale annoncé n'a jamais été formellement engagé. La STEG a demandé aux fournisseurs le prix d'une centrale mobile en location et de turbines à gaz, a trouvé les tarifs élevés et n'a rien signé.