mardi 18 août 2026 ··

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Qui dit quoi · Les injections esthétiques en Tunisie

Injections esthétiques : les médecins demandent au Parlement de les réserver à la médecine, les centres de beauté réclament les dossiers

Le 23 juillet, le syndicat des médecins esthétiques a remis à la commission de la santé du Parlement une proposition de loi criminalisant les injections esthétiques pratiquées par quiconque n'est pas médecin, après des mois d'alertes sur des produits défigurants achetés en ligne. Le 17 août, la Chambre nationale des centres de beauté a répondu sur Diwan FM : montrez les dossiers des clients qui auraient été lésés, et cessez d'accuser toute la profession. Là où le syndicat veut trancher en bloc, en réservant l'aiguille aux médecins, la chambre veut trancher au cas par cas, sur preuve. Le ministère et les députés proposent chacun leur instrument.

Ce sur quoi ils s'accordent

Même la chambre souscrit aux sanctions : Bouguerra engage la profession à la fermeture immédiate de tout centre dont la faute envers un client est prouvée. Et trois des quatre organisations de la page veulent de nouvelles règles écrites : le syndicat une loi pénale pour remplacer les textes de 1991 que sa vice-présidente juge obsolètes, le ministère son cahier des charges, les députés un cadre négocié avec toutes les parties.

Là où ça se sépare

Pour le syndicat, l'injection appartient aux seuls médecins : Ben Fredj veut que la loi leur réserve la pratique, et Chabboub rappelle qu'une main non qualifiée qui traverse la peau exerce déjà illégalement la médecine. Bouguerra refuse le verdict collectif et demande des cas : un dossier précis, une infraction établie, puis la fermeture. L'instrument divise le syndicat, le ministère et les députés : le syndicat demande au Parlement une loi pénale, le ministère répond par un cahier des charges que personne n'a daté, et les députés veulent un cadre négocié avec toutes les parties plutôt qu'écrit par une profession contre une autre.

Ce que personne ne dit

Le syndicat parle de défigurations et la chambre de rendez-vous annulés, mais aucune voix ne donne un nombre de complications enregistrées, de centres contrôlés ou de poursuites engagées sous les textes en vigueur depuis 1991 ; le débat sur la preuve se joue donc sur des cas qu'aucun des deux camps n'a posés sur la table.

Iman Ben Fredj, présidente du syndicat des médecins esthétiques

Devant les députés, elle a décrit des personnes sans aucune licence qui vendent des injections sur les réseaux sociaux à des tarifs anormalement bas, en usurpant le titre de médecin. Les produits sont sans traçabilité ni validation du ministère de la Santé, et leurs complications vont jusqu'à des défigurations irréversibles et des handicaps physiques majeurs. Son syndicat réclame des textes qui réservent l'exercice esthétique aux seuls médecins qualifiés, criminalisent la pratique clandestine et mettent l'importation des produits injectables sous contrôle strict.

”Les patients subissent des injections de produits d’origine totalement inconnue, qui sont sans traçabilité et ne sont pas validés par le ministère de la Santé !”Les patients subissent des injections de produits d’origine totalement inconnue, qui sont sans traçabilité et ne sont pas validés par le ministère de la Santé !
Nadia Bouguerra, membre de la Chambre nationale des centres de beauté

Elle demande au syndicat des médecins des dossiers précis sur les clients qui auraient subi des séquelles ou des déformations, plutôt que des accusations contre toute la profession, et propose une séance de travail commune sous l'égide de l'organisation patronale. Elle engage la profession à soutenir des sanctions sévères quand une infraction est établie, jusqu'à la fermeture immédiate du centre. La campagne médiatique menée depuis le début de 2026 a, dit-elle, coûté des investissements, des rendez-vous et des formations à un secteur qui emploie des milliers de personnes, et elle conteste le changement de position du syndicat sur le recrutement, par les centres en règle, de médecins pour pratiquer eux-mêmes les injections.

”campagne médiatique sans précédent”campagne médiatique sans précédent
Wahiba Chabboub, vice-présidente du syndicat des médecins esthétiques

La loi tunisienne est déjà sans équivoque, rappelle-t-elle : tout acte qui traverse la peau, pratiqué par une personne non qualifiée, est un exercice illégal de la médecine, passible de prison. Mais les textes datent de 1991, et son syndicat les juge obsolètes à l'ère numérique, où le Botox, en principe délivré sur ordonnance et soumis à l'autorisation du ministère de la Santé, se vend librement en ligne. Les complications qu'elle a énumérées en mai 2026 vont des brûlures et cicatrices indélébiles jusqu'au choc anaphylactique qui tue sans prise en charge immédiate. Elle veut une cyber-surveillance renforcée, le démantèlement des centres clandestins et des clients qui vérifient leur praticien sur les listes de l'Ordre des médecins.

La commission de la santé de l'ARP, la commission qui a auditionné le syndicat le 23 juillet

Pendant l'audition, des députés ont refusé l'image d'un secteur de luxe : la médecine esthétique répare aussi des malformations congénitales et des séquelles d'accidents, et n'est pas réservée aux plus aisés. Ils veulent un cadre légal accéléré, mais écrit après consultation de toutes les parties concernées, le ministère de la Santé gardant son rôle de détection et de poursuite des infractions. Un député a proposé que le ministère publie périodiquement la liste des cliniques et centres opérant légalement ; d'autres intervenants voulaient confier une partie des contrôles à l'instance nationale de sécurité des produits alimentaires.

Le ministère de la Santé, le ministère qui prépare le cahier des charges du secteur

La voie du ministère est réglementaire plutôt que pénale : il s'est engagé à publier un cahier des charges définissant les conditions d'exercice de la médecine esthétique et les locaux où ces actes peuvent être pratiqués. En janvier 2026 déjà, lors d'une séance sur la dermatologie présidée par le ministre Mustapha Ferjani, les présents avaient insisté, selon le communiqué du ministère, sur la nécessité d'un traitement ferme des pratiques illégales et anarchiques en médecine esthétique et d'une publication accélérée du cahier des charges des centres de traitement au laser. Aucun des deux textes n'a de date.

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