mercredi 12 août 2026 ··

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Qui dit quoi · Les prisons tunisiennes

Deux comptes de la population carcérale tunisienne, presque du simple au double, et la ligue qui vérifierait est interdite de visite

Trois morts en détention fin juillet, une canicule et la grève de la faim du chef d'Ennahdha incarcéré ont remis les prisons tunisiennes dans l'actualité. L'instance pénitentiaire affirme avoir pris toutes les mesures que la chaleur exigeait et dément les informations sur une dégradation de la santé des détenus. Ceux qui vérifieraient d'ordinaire ne le peuvent pas : le ministère de la Justice a interdit les visites de contrôle de la ligue des droits de l'Homme.

Ce sur quoi ils s'accordent

L'instance, la ligue et Haifa Chebbi traitent toutes les trois la chaleur dans les prisons en juillet et août 2026 comme un fait qui appelait des mesures. Même le démenti de l'instance est une liste de ce qu'elle dit avoir fait à cause des températures exceptionnelles. Le programme d'investissement du ministère de la Justice et les revendications d'Ennahdha ne mentionnent pas la chaleur.

Là où ça se sépare

L'instance affirme que les soins ont continué et que les visites des familles et des avocats n'ont jamais cessé. La ligue ne conteste pas ces visites ; ce qu'elle a perdu, ce sont ses propres visites de contrôle. Le ministère répond par la capacité : quatre chantiers et 446 postes. La capacité est la seule chose qu'Ennahdha ne demande pas. Le récit de Chebbi met à l'épreuve ce que l'instance dit de l'hébergement, pas ce qu'elle dit des visites : plusieurs détenus dans seize mètres carrés, sans les deux heures de sortie auxquelles ils ont droit.

Ce que personne ne dit

Le communiqué du 27 juillet de l'instance ne comporte aucun chiffre, et le programme du ministère se compte en bâtiments et en postes, pas en personnes. Le chiffre repris par Webdo, 33 000 détenus pour 17 000 places officielles, vient de la base de données World Prison Brief et décrit mai 2025. Chadi Trifi a dit à Nawaat en août 2026 qu'ils sont plus de 60 000. Personne ne dit si les deux comptes couvrent la même population.

الهيئة العامة للسجون والإصلاح, l'instance générale des prisons et de la rééducation

Dans un communiqué relayé le 27 juillet, l'instance affirme avoir pris toutes les mesures que la chaleur exceptionnelle exigeait dans les établissements, pour l'hébergement comme pour les soins. Elle réfute les informations sur une dégradation de la santé de certains détenus et sur un arrêt des visites des familles et des avocats. Les détenus qui ont besoin de soins spécialisés sont transférés aux urgences des hôpitaux publics quand leur état l'exige, dit-elle.

شادي الطريفي, membre du bureau exécutif de la Ligue tunisienne des droits de l'Homme

Chadi Trifi dit que la ligue ne peut plus vérifier si ces mesures fonctionnent : le ministère de la Justice lui a interdit l'accès aux prisons, alors elle mène sa propre enquête auprès des familles. La ligue exige une enquête urgente, indépendante et transparente sur les décès. La grâce présidentielle du 23 juillet, 2 439 détenus, est une goutte d'eau dans l'océan, a-t-il dit à Nawaat ; il évalue la population carcérale à plus de 60 000.

”On sait que ces dispositions existent. Mais à quel point fonctionnent-elles face à la canicule ? Nous l'ignorons, depuis que le ministère de la Justice nous a interdit la visite des établissements pénitentiaires”On sait que ces dispositions existent. Mais à quel point fonctionnent-elles face à la canicule ? Nous l'ignorons, depuis que le ministère de la Justice nous a interdit la visite des établissements pénitentiaires
هيفاء الشابي, avocate, fille de l'opposant incarcéré Ahmed Néjib Chebbi

Haifa Chebbi parle de ce qu'elle voit en visite chez son père. Les agents pénitentiaires lui disent qu'il ne peut plus sortir dans la cour après onze heures du matin, pour lui épargner la chaleur. Dehors, les familles restent assises en plein soleil et, dit-elle, peinent à respirer.

”Mais que dire des prisonniers, de ce qu'ils ressentent en vivant à plusieurs dans seize mètres carrés, vingt-quatre heures sur vingt-quatre, sans pouvoir sortir dans la cour ? Ils ont pourtant droit à deux heures de sortie.”Mais que dire des prisonniers, de ce qu'ils ressentent en vivant à plusieurs dans seize mètres carrés, vingt-quatre heures sur vingt-quatre, sans pouvoir sortir dans la cour ? Ils ont pourtant droit à deux heures de sortie.
وزارة العدل, le ministère de la Justice

Le programme d'investissement 2026 du ministère répond à la surpopulation par la capacité : une nouvelle prison à Béja, un complexe pénitentiaire pour femmes à Monastir, l'extension de Borj Erroumi et une unité hospitalière à la prison de La Rabta. S'y ajoute le recrutement de 446 caporaux pour les prisons, sur 1 213 nouveaux postes au budget de la Justice.

حركة النهضة, parti dont le président, Rached Ghannouchi, est incarcéré

Les revendications d'Ennahdha portent sur un seul détenu. Le parti exige la levée de ce qu'il qualifie d'isolement imposé à Rached Ghannouchi par la ministre de la Justice, les visites de ses avocats et de sa famille conformément à la loi, et sa libération, jugeant sa détention arbitraire. Il tient les autorités pour responsables de toute dégradation de son état de santé et dit avoir engagé des démarches légales.

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