Les diplômés chômeurs tunisiens et la loi 18, sans application en novembre 2026
La loi 18 de 2025 a promis des emplois publics aux diplômés tunisiens dont le chômage durait déjà depuis des années. Dix mois après sa publication, l'Union des Diplômés Chômeurs à Sidi Bouzid affirmait, le 28 octobre, qu'aucun décret d'application n'avait paru, que la plateforme d'inscription ne fonctionnait pas et que personne n'avait été recruté.

La loi 18 de 2025 porte la date du 22 décembre 2025 et a paru au Journal officiel le lendemain. Elle ouvre une voie exceptionnelle vers la fonction publique et le secteur public pour les diplômés sans travail depuis des années. Les candidats sont choisis sur le dossier qu'ils déposent, et non par concours, puis classés selon l'âge, l'ancienneté du diplôme et la situation sociale. Les recrutements doivent se faire par vagues sur trois ans au maximum, sous la supervision du ministère de l'Emploi.
C'est au décret de fixer qui en bénéficie. Yosra Néji, coordinatrice nationale des diplômés chômeurs, cite les quarante ans et plus au chômage depuis dix ans au moins. Elle a dit à Express FM, le 2 septembre, qu'on lui avait assuré une plateforme en mars et les premières affectations avant fin juin, dates non tenues. Selon son récit, le président lui a dit le 15 juin que le projet de décret du gouvernement ne répondait pas assez aux attentes des diplômés et qu'il le reverrait.
Le nombre de personnes couvertes par la loi 18 n'a jamais été recensé, et l'estimation des diplômés eux-mêmes, de 20 000 à 30 000, n'est pas un chiffre officiel. L'institut de la statistique mesure en revanche le chômage des diplômés dans son ensemble. Il est monté à 26,6 % au deuxième trimestre 2026, contre 24,2 % au premier, tandis que le chômage global reculait à 14,9 % contre 15 %. Chez les femmes diplômées, le taux atteignait 35,6 %, contre 14,2 % chez les hommes.
La Presse écrivait le 8 octobre que les concours de la fonction publique avaient repris dans plusieurs ministères, dont la santé, l'éducation, le transport et la sécurité, et y voyait une accélération des recrutements. Ces concours sont la voie ordinaire vers la fonction publique, et non la voie sur dossier créée par la loi 18. Zouhour Friji, de l'Union des Diplômés Chômeurs à Sidi Bouzid, affirme que la loi 18 n'a reçu aucun crédit budgétaire, ni dans le budget 2026 ni dans le projet de budget 2027.
Des marcheurs ont quitté Menzel Bouzaïane, à Sidi Bouzid, le 27 septembre. Après neuf jours à pied, ils se sont arrêtés à Borj Cedria, aux portes de Tunis, le soir du 5 octobre. C'est le jour où Saïed a passé en revue la loi avec sa cheffe du gouvernement et son ministre de l'Emploi, et la veille de la fin de la marche. Les marcheurs ont affirmé avoir été tenus à l'écart de la capitale. Le 2 novembre, la protestation revenait à Menzel Bouzaïane, pneus en feu.
”Neuf mois, ce n'est pas peu dans la vie d'un chômeur de longue durée”
Les chiffres
Ce que la comparaison montre
Ce sur quoi ils s'accordent
Aucun des trois récits ne cite une seule personne recrutée au titre de la loi 18. Saïed a passé en revue les étapes franchies le 5 octobre, La Presse écrivait trois jours plus tard que l'État accélérait les recrutements, et l'Union des Diplômés Chômeurs à Sidi Bouzid affirmait le 28 octobre qu'il n'y avait eu ni décret, ni plateforme, ni recrutement.
Là où ça se sépare
Le désaccord porte sur l'avancée de l'État, et les deux camps ne comptent pas la même chose. La Presse signalait le 8 octobre la reprise des concours de la fonction publique dans la santé, l'éducation, le transport et la sécurité. Ces concours sont la voie ordinaire vers la fonction publique. La loi 18 recrute, elle, sur dossier, via une plateforme qui n'avait toujours pas ouvert début novembre. Les preuves d'avancée de La Presse et les preuves de blocage de l'Union peuvent donc tenir ensemble, parce qu'elles portent sur deux voies différentes vers la même fonction publique.
Ce que personne ne dit
Aucune source lue pour cette page ne dit si un décret révisé existe, après le renvoi en juin du projet du gouvernement par le président. Aucune ne rapporte d'explication du ministère de l'Emploi sur l'absence de décret. Business News souligne que le dispositif n'a jamais été chiffré officiellement, et aucune de ces sources ne dit ce qui se passe si la fenêtre se referme sans aucun recrutement.
Qui dit quoi
Elle dit avoir reçu des dates qui n'ont pas été tenues. Sur Express FM, le 2 septembre, elle a affirmé qu'on lui avait assuré une ouverture de la plateforme d'inscription en mars et la remise des premières décisions d'affectation avant fin juin, et qu'aucune des deux échéances n'avait été respectée. Les neuf mois dont elle parle courent depuis la promulgation de la loi, le décompte que faisait aussi Business News ce mois-là. Selon son récit, le président lui a dit, lors d'une rencontre le 15 juin, que le projet de décret transmis par le gouvernement ne répondait pas assez aux attentes des diplômés, et se serait engagé à le revoir.
”Neuf mois, ce n'est pas peu dans la vie d'un chômeur de longue durée”Neuf mois, ce n'est pas peu dans la vie d'un chômeur de longue durée
Pour elle, le blocage est budgétaire. Sur Radio Karama FM, le 28 octobre, elle a affirmé qu'aucun décret d'application n'avait été publié, que la plateforme ne fonctionnait pas et qu'aucun recrutement n'avait commencé, et elle a opposé cela aux hausses budgétaires accordées à certains conseils et ministères. Les manifestants veulent l'inscription des crédits au budget 2027, la publication des textes réglementaires et l'ouverture des inscriptions, et demandent aux ministères de dire combien de personnes pourraient en bénéficier et combien de postes sont vacants.
”Nous n'avons constaté que des augmentations budgétaires au profit de certains conseils et ministères, tandis que la loi 18 s'est vu attribuer zéro crédit budgétaire”Nous n'avons constaté que des augmentations budgétaires au profit de certains conseils et ministères, tandis que la loi 18 s'est vu attribuer zéro crédit budgétaire
Pour lui, la longue attente est le produit d'abus passés. Recevant la cheffe du gouvernement et le ministre de l'Emploi le 5 octobre, il a passé en revue les étapes franchies au titre de la loi 18 et attribué l'accumulation du chômage à des recrutements sur diplômes falsifiés ou sans diplôme, et à un système où l'appartenance à un parti était le seul titre qui comptait. Réalités rapporte la suite au discours indirect : le chômeur d'aujourd'hui n'a pas choisi sa situation mais a été privé d'emploi par des pratiques et des privilèges qui ont contribué à dilapider les deniers publics. Il a dit que les engagements pris seraient honorés.
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