La chaleur, les hôpitaux et le décompte manquant
Le ministère tunisien de la Santé a recensé 633 consultations et prises en charge liées à la vague de chaleur entre le 1er juillet et le 29 août 2026, sans publier aucun bilan de décès. L'Organisation tunisienne des jeunes médecins estimait, dans un communiqué du 22 juillet, entre 150 et 200 morts dans les hôpitaux publics dues à la chaleur et aux coupures d'électricité, et affirme que le nombre a augmenté depuis. Les deux parties ne comptent pas la même chose, et aucune n'a dit comment elle a compté.

Le 29 août 2026, le ministère tunisien de la Santé a donné un chiffre pour l'été. Quelque 633 consultations et prises en charge liées aux effets de la vague de chaleur ont été enregistrées entre le 1er juillet et le 29 août, a-t-il indiqué, et aucune interruption des services de santé n'a été constatée. Il a recommandé d'éviter le soleil aux heures les plus chaudes, de boire suffisamment d'eau et de se rendre à l'établissement de santé le plus proche dès les premiers signes d'épuisement dû à la chaleur. Il n'a donné aucun chiffre de décès.
Dans un communiqué du 22 juillet, l'Organisation tunisienne des jeunes médecins estimait que la chaleur, conjuguée à des coupures d'électricité intermittentes qui duraient depuis plus d'une semaine, avait tué entre 150 et 200 personnes dans les hôpitaux publics, parmi des patients souffrant de difficultés respiratoires et d'autres pathologies chroniques. L'organisation a dit avoir publié ce chiffre avec prudence : il choque les citoyens, et elle craignait que le décret 54, dont elle affirme que les autorités se servent pour faire taire les voix dissidentes, ne soit retourné contre les médecins qui parlent aux médias. Elle demandait au ministère le nombre de décès.
Le 28 août, l'organisation a demandé au gouvernement de déclarer immédiatement l'état d'urgence sanitaire. Les services d'urgence connaissaient, selon ses estimations, une hausse qu'elle qualifiait d'inédite des hospitalisations et des décès liés aux coups de chaleur, a-t-elle indiqué, ainsi que des décès parmi des détenus dans plusieurs services d'urgence et un épuisement extrême du personnel médical et infirmier. Elle a ajouté que, selon ses informations, les services compétents du ministère avaient déjà recensé les données sur les décès, les cas d'insolation et la capacité de réanimation, et n'en avaient rien publié.
Kapitalis a rapporté le 29 août que le ministère préfère ne pas communiquer sur la question. Dans le même article, le directeur régional de la santé de Sfax, Hatem Cherif, a déclaré à Diwan FM que le service des urgences du CHU Habib Bourguiba subissait une forte pression due aux cas d'insolation. Il n'a donné aucun chiffre de décès pour cet hôpital. Le 11 août, une séance de travail présidée par le ministre de la Santé Mustapha Ferjani a retenu un système d'alerte précoce fondé sur les prévisions de l'Institut national de la météorologie, et des mesures de médecine du travail pour les travailleurs exposés aux fortes chaleurs et au soleil.
Aucun des deux chiffres ne nomme personne. Amine Sayhi, 14 ans, élève au collège de Thala, dans le gouvernorat de Kasserine, est mort des suites d'une insolation alors qu'il travaillait dans les champs pendant les vacances scolaires, par plus de 40 degrés, rapporte Kapitalis citant Anba Tounes. L'avocate Nadia Chaouachi a rendu sa mort publique sur Facebook le 24 août et a écrit qu'il était parti gagner de quoi acheter ses fournitures scolaires.
”En l’absence de moyens de refroidissement et de lits de réanimation, des gens meurent dans les hôpitaux”
Les chiffres
Ce que la comparaison montre
Là où ça se sépare
L'Organisation tunisienne des jeunes médecins affirme que les services du ministère de la Santé ont déjà recensé les données sur les décès et la capacité de réanimation, et que rien n'en a été publié. Le 28 août, elle a décrit une hausse des hospitalisations et des décès depuis son estimation du 22 juillet, hausse qu'elle qualifiait d'inédite, alors que pour les mêmes semaines le ministère a publié 633 consultations et prises en charge et aucun décès.
Qui dit quoi
Dhokkar affirme que des gens arrivent en réanimation pour des coups de chaleur et y meurent faute de moyens de refroidissement et de lits adéquats, et que le ministère refuse toujours de déclarer l'état d'urgence sanitaire. Il a écrit le 27 août que la direction de l'hôpital Tahar Sfar de Mahdia, sur instruction du ministère, refuse désormais le moindre don et répond que la situation est normale.
”En l’absence de moyens de refroidissement et de lits de réanimation, des gens meurent dans les hôpitaux”En l’absence de moyens de refroidissement et de lits de réanimation, des gens meurent dans les hôpitaux
Chaouachi écrit qu'Amine Sayhi a passé les vacances scolaires à travailler dans des exploitations agricoles, non pour s'acheter un jouet et non par choix, mais pour gagner de quoi payer ses fournitures et poursuivre ses études. Elle traite sa mort comme un cas de travail des enfants plutôt que de météo, et demande combien d'autres enfants travaillent sous le même soleil parce que leur famille n'a pas les moyens.
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