L'automne de contestation en France : les lycées, la rue et le budget 2027
Un mouvement lycéen né à Créteil le 17 septembre a fusionné en octobre avec une marche contre la vie chère, qui a rassemblé 550 000 personnes selon le ministère de l'Intérieur. Sous les deux se trouve un budget 2027 porteur d'environ 43 milliards d'euros d'économies nouvelles. Sébastien Lecornu a promis de ne pas le faire passer par l'article 49.3, dans une Assemblée où il n'a pas de majorité.

Le 17 septembre, les élèves du lycée Saint-Exupéry de Créteil, en banlieue parisienne, ont commencé à protester en soutien à des enseignants en grève qui dénonçaient un manque de personnel et de moyens. En deux semaines, la contestation était nationale et les revendications s'étaient élargies : classes surchargées, bâtiments insalubres, absences de professeurs non remplacées. Le 4 octobre, le ministère de l'Éducation s'attendait à voir 400 à 500 lycées fermés en totalité ou en partie le lendemain. Il avait recensé 78 de ses personnels blessés depuis le début du mouvement.
Sébastien Lecornu a présenté son projet de loi de finances pour 2027 dans Le Figaro le 17 septembre, le jour où démarrait la contestation de Créteil. Bercy attendait un déficit dérapant à 5,4 % du PIB en 2026, après 5,1 % en 2025, et le texte vise à le ramener à 5 % en 2027. Il porte environ 43 milliards d'euros d'économies nouvelles, 54 milliards en comptant les coupes déjà engagées, et il gèle le point d'indice des fonctionnaires. Ce même budget augmente les dépenses d'éducation, rapporte Euronews.
Au 7 octobre, plus de 6 500 personnes avaient été interpellées, pour la plupart des mineurs, sur fond d'accusations de violences policières. À Lens, un adolescent de 15 ans a perdu une main à cause d'une grenade de désencerclement le 5 octobre, et le ministre de l'Intérieur a ensuite suspendu l'usage de ces grenades dans les manifestations lycéennes. Lecornu s'est exprimé à la télévision le 7 octobre et a dit que la colère des jeunes ne vient pas de nulle part. Il a promis un plan pour la fin octobre, et du gazole des réserves de l'État pour faire baisser des prix à la pompe supérieurs à 2,36 euros le litre.
Le 17 octobre, le mouvement lycéen a rejoint une marche nationale contre la vie chère, qui a rassemblé 550 000 personnes selon le ministère de l'Intérieur et 800 000 selon le syndicat CGT. À Saint-Étienne, un deuxième manifestant a eu la main arrachée par une grenade de la police, selon une source policière citée par l'AFP. Des manifestants ont incendié un office de tourisme à Lyon et forcé l'entrée des mairies de Marseille et de Lille. Des dizaines de commerces ont été pillés dans cinq villes, selon des témoins. Macron a promis des poursuites et soutenu les policiers. Lecornu a mis en cause des groupes d'ultragauche.
Le 13 octobre, l'Assemblée a rejeté par 236 voix contre 149 une motion socialiste visant à écarter le texte avant tout débat. La gauche a voté pour, le bloc gouvernemental contre, ce qui laissait l'issue au parti de Marine Le Pen. Ses députés ont jugé le budget mauvais pour les comptes de la nation, puis ont voté pour que le débat ait lieu et pour y défendre leurs propres orientations. Lecornu a promis de ne pas recourir à l'article 49.3, qui permet de se passer du vote, et le texte doit donc trouver des voix qu'il ne contrôle pas.
”La responsabilité est d'abord dans les mains de ceux qui dirigent le pays et qui n'ont pas de majorité”
Les chiffres
Ce que la comparaison montre
Ce sur quoi ils s'accordent
Le premier ministre a déclaré à la télévision que la colère des jeunes ne vient pas de nulle part. Son ministre de l'Éducation a envoyé 3 000 enseignants remplaçants dans les établissements les plus en manque. Tous les syndicats d'enseignants ont affirmé le 4 octobre que les revendications des lycéens étaient légitimes et au cœur de leurs propres mobilisations sur le manque de moyens.
Là où ça se sépare
Macron a répondu au 17 octobre par des poursuites et un soutien public aux policiers, et Lecornu a mis en cause des groupes d'ultragauche. Mélenchon, qui avait affiché neuf jours plus tôt sa fierté devant le rassemblement lycéen, rejette l'accusation d'attiser la contestation. À l'Assemblée, le débat porte sur qui paie : le groupe socialiste de Mélanie Thomin veut d'abord faire contribuer les plus riches, et le ministre des Comptes publics, David Amiel, a dit aux députés que le gouvernement discuterait du comment, pas du combien. Le vote du 13 octobre n'a été tranché par aucun de ces deux camps, mais par le parti de Marine Le Pen.
Ce que personne ne dit
Au 17 octobre, le gouvernement n'avait chiffré aucune des deux concessions : aucun montant pour les 3 000 remplaçants, aucun pour le puisement dans les réserves de gazole. Ni l'une ni l'autre n'a touché à la cible de 5 % de déficit ni au gel du point d'indice, et le courrier de Lecornu aux députés socialistes, le 13 octobre, a qualifié cette cible de contrainte qui s'impose à tous. Il a promis aux lycées un plan pour la fin octobre.
Qui dit quoi
Il a déclaré que la colère des jeunes ne vient pas de nulle part et promis un plan de réponse pour la fin octobre, tout en imputant les violences du 17 octobre à des groupes d'ultragauche. Dans un courrier aux députés socialistes le 13 octobre, il a qualifié le retour du déficit à 5 % du PIB de contrainte qui s'impose à tous.
”Peaceful demonstrations have their rightful place in our Republic. Arson, looting, and attacks have no place whatsoever.”Les manifestations pacifiques ont toute leur place dans notre République. Les incendies, les pillages et les attaques n'en ont aucune.
Il a répondu à la nuit du 17 octobre en promettant des poursuites contre ceux qui ont attaqué les préfectures, les commerces et les mairies, et en soutenant publiquement les forces de l'ordre. Le message cité par Euronews ne disait rien de la vie chère qui avait fait sortir le cortège.
Elle a estimé que le premier ministre avait répondu par des réponses vagues à des demandes extrêmement précises des socialistes, et qu'il laissait la porte fermée à toute mesure de justice fiscale. Son groupe a maintenu sa motion de rejet préalable du budget, qu'elle a qualifiée de sommation.
”La responsabilité est d'abord dans les mains de ceux qui dirigent le pays et qui n'ont pas de majorité”La responsabilité est d'abord dans les mains de ceux qui dirigent le pays et qui n'ont pas de majorité
Il a déclaré sur X que la Bastille avait été reprise après le rassemblement lycéen du 8 octobre, et a dit à ses partisans qu'il les retrouverait à la journée d'action du 13 octobre, appelée par les syndicats lycéens et de salariés. Il rejette l'accusation de ses adversaires selon laquelle il attise la contestation, et souligne que les lycéens ont lancé le mouvement eux-mêmes.
”powerful demonstration by the youth who carry their demands in the most beautiful way possible! Immense pride. See you on Tuesday, October 13, at the call of the youth unions and workers.”puissante manifestation de la jeunesse qui porte ses revendications de la plus belle manière possible ! Immense fierté. À mardi 13 octobre, à l'appel des syndicats de jeunes et de travailleurs.
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