··

Tunisia News

Tunisie · Europe · Géopolitique : le brief quotidien
Contexte

Le réarmement européen

L'Europe s'est donné jusqu'à 2030 pour être capable de se défendre. La ligne de crédit européenne est ouverte et commence à verser, et les associations militaires disent que leurs armées ne parviennent ni à recruter ni à garder assez d'effectifs.

Le plan de réarmement européen s'appelle Readiness 2030. Sa ligne de crédit de 150 milliards d'euros a commencé à verser en mai 2026. Dans une enquête d'Euromil, la plupart des associations militaires jugent le recrutement problématique et la fidélisation problématique ou critique.
Le réarmement européen

Le plan de réarmement de la Commission européenne porte l'échéance dans son nom : ReArm Europe, ou Readiness 2030. Son premier pilier est SAFE, une ligne de crédit pouvant atteindre 150 milliards d'euros pour les États membres qui achètent des équipements de défense. L'échéance de dépenses de l'OTAN est plus tardive. À La Haye, en juin 2025, les alliés se sont engagés à investir 5 pour cent du PIB par an d'ici 2035, dont au moins 3,5 pour cent pour la défense proprement dite et jusqu'à 1,5 pour cent pour les infrastructures critiques, les réseaux, la préparation civile, l'innovation et l'industrie de défense. La trajectoire doit être réexaminée en 2029.

Le règlement SAFE est entré en vigueur le 29 mai 2025. La Commission a depuis validé les plans d'investissement de 18 États membres et indique que celui de la Hongrie est encore à l'examen. Son propre calendrier situe le premier versement un an plus tard : 6,56 milliards d'euros à la Pologne, le 29 mai 2026. L'Italie a résisté. La Commission a proposé ses 14,9 milliards d'euros en janvier 2026, et l'Italie n'a répondu que le 28 juillet, quand le ministre des affaires étrangères Antonio Tajani a annoncé, lors d'une audition parlementaire, que Rome demanderait la totalité avant la fin de l'année.

Andrius Kubilius, commissaire européen à la défense, a déclaré en février 2026 que l'Europe doit pouvoir déplacer vite quelque 100 000 soldats et leur équipement, à hauteur d'une montée en puissance russe du même ordre. Le Parlement européen a averti en 2024 que les armées européennes connaissent de graves problèmes de recrutement et de fidélisation. Dans une enquête d'Euromil rapportée par Euronews en août 2026, la plupart des associations militaires jugent le recrutement problématique dans leur pays, et la fidélisation problématique ou critique.

Le ministère allemand de la défense a chiffré un programme de frappe à longue portée à près de 12 milliards d'euros, selon des documents internes cités par Politico. Il veut un missile de croisière bon marché, produit en masse, en service dès 2027, et des Tomahawk américains d'ici la fin de la décennie. Les deux systèmes développés avec le Royaume-Uni, un missile de croisière et un planeur hypersonique portant au-delà de 2 000 kilomètres, sont prévus pour le milieu des années 2030, bien après l'échéance de préparation. Le financement n'est pas approuvé. Les sommes figurent dans la programmation budgétaire du gouvernement et doivent passer par le Bundestag.

Un questionnaire du Pentagone de trois pages, obtenu par Al Jazeera, demande aux alliés s'ils ont publiquement soutenu les priorités de politique étrangère américaines et s'ils ont restreint l'accès aux bases américaines ou les survols militaires. Al Jazeera l'a publié le 19 août 2026 et indique que les marquages et la formulation laissent penser qu'il doit guider les responsables américains pendant une revue de six mois des forces américaines en Europe, toujours en cours. Les prêts SAFE servent à acheter du matériel, pas à recruter. Un responsable de la Commission a déclaré à Euronews que le recrutement et la fidélisation relèvent de chaque État membre.

”Pour répondre à une montée en puissance de 100 000 hommes, il nous faudrait déplacer des effectifs et des équipements comparables, et vite.”
Andrius KubiliusCommissaire européen à la défense

Les chiffres

Ce à quoi les membres de l'OTAN se sont engagés à La Haye
5 %
Les alliés s'engagent à investir 5 pour cent du PIB par an dans les besoins de défense proprement dits ainsi que dans les dépenses liées à la défense et à la sécurité d'ici 2035 : au moins 3,5 pour cent du PIB pour les besoins de défense proprement dits, et jusqu'à 1,5 pour cent pour protéger les infrastructures critiques, défendre les réseaux, la préparation civile, l'innovation et la base industrielle de défense. La trajectoire et la répartition des dépenses seront réexaminées en 2029.
L'instrument européen de prêts à la défense, et qui y a été admis
150 Md€
SAFE fournit jusqu'à 150 milliards d'euros de prêts à long terme et à taux compétitif aux États membres demandant une aide pour investir dans des capacités de défense. Les projets doivent reposer sur des achats communs associant au moins un État membre bénéficiaire de SAFE et un autre État membre, même si la Commission précise que SAFE soutiendra aussi, à titre temporaire, des achats par un seul État membre. Le règlement est entré en vigueur le 29 mai 2025. La Commission recense les plans nationaux d'investissement de défense validés pour 18 États membres, celui de la Hongrie restant à l'examen.
La part de l'Italie, et le temps qu'elle a mis à l'accepter
14,9 Md€
Le 28 juillet 2026, après ce qu'Eunews décrit comme un bras de fer avec Bruxelles, le ministre des affaires étrangères Antonio Tajani a déclaré devant les commissions des affaires étrangères et de la défense de la Chambre et du Sénat que l'Italie avait décidé de recourir à SAFE et demanderait 14,9 milliards d'euros avant la fin de l'année. Le ministre de la défense Guido Crosetto a dit aux mêmes commissions que SAFE finance des dépenses militaires déjà prévues au budget plutôt que de s'y ajouter.
L'état du recrutement dans les armées européennes
Dans une enquête d'Euromil auprès d'associations de personnels militaires, la plupart des répondants décrivent le recrutement dans leur pays comme problématique, la fidélisation étant jugée problématique ou critique. Les principaux obstacles au recrutement sont la concurrence du secteur privé, les salaires et les exigences de condition physique. Les militaires partent le plus souvent après une dizaine d'années de service, la faible rémunération, le mauvais équilibre entre vie professionnelle et vie privée et les conditions de travail étant les raisons principales. Euronews, qui a rapporté l'enquête le 21 août 2026, ne la date pas.
Le programme allemand de frappe longue portée
12 Md€
Le ministère de la défense estime le coût à près de 12 milliards d'euros, selon des documents internes cités par Politico. Les premières armes, un missile de croisière bon marché, pourraient entrer en service dès 2027, et des Tomahawk sur lanceurs américains Typhon d'ici la fin de la décennie. Les deux systèmes développés avec le Royaume-Uni, un missile de croisière et un planeur hypersonique portant au-delà de 2 000 kilomètres, sont prévus pour le milieu des années 2030. Le financement n'a pas été approuvé : les sommes figurent dans la programmation budgétaire et doivent passer par le Bundestag.
Le questionnaire du Pentagone, et la revue qui va avec
Un document de trois pages intitulé Questions for NATO Allies & Other Key Stakeholders, obtenu par Al Jazeera, demande si les alliés ont publiquement soutenu les priorités de politique étrangère américaines et s'ils ont restreint l'accès américain aux bases et aux vols militaires. Al Jazeera indique que les marquages et la formulation laissent penser que les questions doivent guider les responsables américains pendant une revue en cours, de six mois, des forces américaines en Europe. Le média ne donne pas de date de début pour cette revue. Il rapporte aussi que l'Espagne a demandé une dérogation à l'accord de 2025 entre alliés portant les dépenses militaires à 5 pour cent du PIB.

Ce que la comparaison montre

Ce sur quoi ils s'accordent

L'échéance et la pénurie font l'objet d'un accord. La Commission a baptisé son plan Readiness 2030, et Kubilius travaille sur la même année. Le constat que les armées européennes ne parviennent ni à recruter ni à garder assez d'effectifs vient des associations de personnels des armées elles-mêmes, et non d'adversaires du réarmement.

Là où ça se sépare

Le désaccord porte sur la question de savoir à qui incombe la pénurie. Pour Jacob, l'investissement ne devient une capacité que s'il y a des effectifs pour l'absorber. Pour la Commission, dont un responsable l'a dit à Euronews, le recrutement et la fidélisation appartiennent aux États membres. La réponse de Rome est plus étroite encore : Crosetto a déclaré lors de l'audition de juillet que SAFE finance des dépenses militaires déjà inscrites au budget plutôt que de s'y ajouter.

Ce que personne ne dit

Aucune des sources de cette page ne dit combien de soldats l'Europe compte aujourd'hui. Les 100 000 de Kubilius sont le nombre que l'Europe devrait pouvoir déplacer, et non un objectif de recrutement ; rien ici ne mesure l'écart entre ce chiffre et ce que l'Europe peut déplacer aujourd'hui. Les chiffres qui, eux, sont publiés sont tous des montants : une part du PIB, une ligne de crédit, un plan d'acquisition.

Qui dit quoi

Andrius Kubilius, Commissaire européen à la défense

Kubilius tire la date des services de renseignement, qui selon lui attendent une Russie prête à tester l'OTAN d'ici 2030. Son scénario est celui de 100 000 soldats russes massés à la frontière de l'UE et de l'OTAN. Ce qu'il demande, c'est de pouvoir déplacer des forces de cet ordre, et non une armée de cette taille.

”To match a 100,000-army build up, we would need to move similar numbers of soldiers and equipment, and fast.”Pour répondre à une montée en puissance de 100 000 hommes, il nous faudrait déplacer des effectifs et des équipements comparables, et vite.
Emmanuel Jacob, Président d'Euromil, l'Organisation européenne des associations militaires et des syndicats

Jacob dit que la pénurie d'effectifs n'est pas nouvelle, et que ce qui a changé, c'est l'urgence, parce que l'argent arrive maintenant.

”At the end of the day we need to have enough people to deal with these investments.”En fin de compte, il nous faut assez de personnel pour faire face à ces investissements.
Antonio Tajani, Ministre des affaires étrangères de l'Italie

Tajani considère la question comme réglée : l'Italie demandera 14,9 milliards d'euros. Eunews rappelle ce que Rome a accepté, un prêt qu'elle devra rembourser, même s'il ne comptera pas dans sa dette au regard des règles communes.

Nos articles