Les accords salariaux et le droit de négocier
L'article 15 de la loi de finances 2026 confie la hausse des salaires de 2026 à 2028 à un décret, dans le privé comme dans le public, et la grève générale décidée contre lui par l'UGTT n'a jamais eu lieu.

Dans le conflit du transport des hydrocarbures d'août 2026, les deux parties ne se sont jamais assises à la même table. Le ministère de l'Industrie a reçu les patrons d'un côté, la Fédération générale du pétrole a reçu les salariés de l'autre, et la réunion commune qui devait suivre ne s'est jamais tenue. Le 22 août, la fédération a annoncé un préavis de grève pour forcer l'application d'accords déjà signés. Les discussions avec les entreprises devaient reprendre le 24 août.
L'article 15 de la loi de finances 2026, promulguée le 12 décembre 2025, augmente les salaires et traitements dans les secteurs public et privé au titre de 2026, 2027 et 2028, étend la hausse aux pensions, et laisse le montant à un décret. Le décret 68 est paru le 30 avril, accordant 5 pour cent sur les salaires de base et sur les indemnités de transport et de présence aux secteurs non agricoles liés par des conventions collectives. Chacune des trois hausses annuelles est rétroactive au 1er janvier de son propre exercice.
Jusque-là, la hausse se négociait tous les trois ans entre le gouvernement, l'UGTT et l'organisation patronale UTICA, un mécanisme en place depuis les années 1970. Kapitalis date la rupture de ce dialogue de 2021. Le syndicat a écrit à la cheffe du gouvernement Sarra Zaafrani le 22 novembre 2025 pour exiger des négociations, et a qualifié l'article 15 de précédent historique menaçant les fondements du modèle social tunisien. Il affirme que plus de quinze de ses courriers sont restés sans réponse.
Le dernier cycle négocié valait de 195 à 300 dinars selon la catégorie et a couru de 2022 à 2025. Celui-ci parvient aux agents de l'État sous forme de primes fixes de 90 à 120 dinars étalées sur trois ans, alors que l'INS a mesuré une inflation de 5,1 pour cent en juillet 2026. La rémunération publique coûte 25,267 milliards de dinars dans le budget 2026, que La Presse situe entre 13 et 14 pour cent du PIB. Le ministre des Affaires sociales Issam Lahmar affirme que le décret est l'une des trois voies prévues par le droit du travail.
L'UGTT a voté une grève générale le 5 décembre 2025 pour le 21 janvier 2026. Elle a été annulée le 13 janvier : le secrétaire général avait démissionné, donc personne ne pouvait signer le préavis. En mai, sa direction évoquait encore la grève générale comme une possibilité. La pression est descendue vers les secteurs. Les agents municipaux veulent la parution d'un statut promis et le versement d'une prime, les agents des phosphates de Gafsa veulent que les hausses de 2015 à 2017 entrent dans le salaire de base, et les chauffeurs qui ont bloqué Radès le 20 août ont débrayé sans le syndicat.
”Les majorations décidées ne répondent pas à la détérioration du pouvoir d'achat et à la hausse du coût de la vie”
Les chiffres
Ce que la comparaison montre
Ce sur quoi ils s'accordent
Aucune des deux parties ne prétend que la hausse de 2026 a été négociée. Le ministre des Affaires sociales affirme que le décret est l'une des trois voies prévues par le droit du travail, et que cette hausse en a emprunté une. La lettre de l'UGTT du 22 novembre 2025 qualifie le même article de précédent historique menaçant les fondements du modèle social tunisien.
Là où ça se sépare
Le ministre discute de la voie, le département de la forme. Issam Lahmar affirme que le décret est l'une des trois voies par lesquelles le droit du travail permet une hausse, et que la loi a donc été respectée. Le département des offices et entreprises publiques de l'UGTT répond qu'une prime fixe de 90 à 120 dinars ne touche pas au salaire de base, alors que les anciennes hausses en pourcentage entraînaient avec elles les autres primes et avantages.
Ce que personne ne dit
Personne ne dit ce qu'il advient d'un accord signé puis non appliqué. L'article 15 a changé qui fixe la hausse, il n'atteint pas cette question. Dans le transport des hydrocarbures, la réunion qui aurait mis l'État, les patrons et les salariés dans la même pièce a été prévue et ne s'est jamais tenue, et chaque partie a continué de voir le ministère seule.
Qui dit quoi
Selon lui, le pouvoir ne cherche pas à liquider l'UGTT mais à la domestiquer, et il l'a écartée des négociations sociales qu'elle menait, salaires compris. Il lit la décision du président d'annoncer seul la hausse comme une manière de faire passer toute augmentation pour une faveur accordée d'en haut plutôt que pour un accord.
”un simple décor dans l'espace public”un simple décor dans l'espace public
Lors d'une marche à Sfax le 5 août 2026, il a déclaré que le syndicat ne resterait ni silencieux ni inactif. Il a ajouté que l'organisation avait dépassé la question sociale et celle des augmentations de salaires, énumérant l'eau, l'électricité, la santé, les transports et l'école comme des droits dont l'État est comptable.
Il a présenté l'impossibilité de tenir la grève générale comme un blocage juridique et non comme un recul, et a décrit une centrale désorganisée par la démission. Le bureau exécutif se réunirait en urgence, a-t-il indiqué, et une nouvelle date devrait émaner de la majorité de ses membres pour avoir du poids.
Il a déclaré devant une commission conjointe au Parlement, le 11 novembre 2025, que la hausse inscrite dans le projet de loi de finances 2026 avait suivi les procédures légales. Le droit du travail, a-t-il expliqué, organise la hausse des salaires par trois voies : le contrat individuel, la loi ou le décret, ou l'accord collectif issu de la négociation sociale.
Il demande une révision du salaire de base dans les entreprises publiques et des hausses qui suivent l'inflation sur 2026-2028. Il réclamait un véritable dialogue social sur ce point, et a reçu un décret.
”Les majorations décidées ne répondent pas à la détérioration du pouvoir d'achat et à la hausse du coût de la vie”Les majorations décidées ne répondent pas à la détérioration du pouvoir d'achat et à la hausse du coût de la vie
Nos articles
- Les agents de la CPG déposent un préavis de grève de trois jours pour début septembremardi 25 août 2026
- Les transporteurs de carburant préparent un préavis de grève, les négociations salariales se poursuiventlundi 24 août 2026
- Le syndicat du transport de carburant menace d'une nouvelle grève après les pénuries à Tunissamedi 22 août 2026
- Grève surprise des transporteurs de carburant à Tunis, levée dans la journéejeudi 20 août 2026
- Les agents de la Compagnie des phosphates de Gafsa déposent un préavis de grève de trois jours pour début septembremardi 18 août 2026
- Les agents municipaux décident une grève de deux joursdimanche 9 août 2026