samedi 22 août 2026 ··

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Qui dit quoi · Les prisons tunisiennes, surpeuplées et surchauffées

Les prisons tunisiennes sous la canicule : le désaccord porte désormais sur qui a le droit d'y entrer

Nawaat a rapporté trois décès dans des prisons tunisiennes fin juillet, pendant une canicule qui a aussi envoyé Rached Ghannouchi à l'hôpital. L'administration pénitentiaire affirme que rien ne s'est dégradé et qu'elle a pris toutes les mesures qu'exigeait la chaleur. La Ligue tunisienne des droits de l'Homme dit ne pas pouvoir vérifier ces affirmations, le ministère de la Justice lui ayant interdit les visites en prison. Leurs quatre déclarations s'échelonnent du 27 juillet au 21 août.

Ce sur quoi ils s'accordent

L'administration pénitentiaire, Chebbi et Trifi traitent tous cette canicule comme quelque chose qu'un été ordinaire n'apporte pas. Et sur le seul point où un adversaire pourrait contredire l'administration, aucun ne le fait : l'avocate de Chebbi elle-même dit que l'administration ne néglige pas son père et fait tout ce qui est en son pouvoir pour lui, exactement ce que l'administration affirme d'elle-même.

Là où ça se sépare

La déclaration de l'administration pénitentiaire du 27 juillet niait toute dégradation de la santé d'un détenu. Le récit que fait Chebbi de son père, donné trois semaines plus tard, décrit exactement cela : des problèmes de santé que la chaleur estivale a aggravés. Elle n'accuse pas l'administration de négligence, mais les deux récits cohabitent mal. La Ligue, exclue des prisons avant même l'une ou l'autre de ces déclarations, dit ne pas pouvoir trancher entre elles.

Ce que personne ne dit

Aucun des quatre ne dit si l'interdiction, par le ministère de la Justice, des visites de la Ligue dans les prisons, la raison que donne Trifi pour ne pas pouvoir vérifier le compte rendu de l'administration, sera un jour levée.

Samir Dilou, membre du collectif de défense de Rached Ghannouchi

Dilou a rendu visite à Ghannouchi le 19 août et a trouvé l'homme de 85 ans stable mais affaibli, et soigné à l'intérieur de la prison. Il ajoute que Ghannouchi est resté 23 jours sans visites et sans nouvelles du dehors, ce qui l'a poussé à entamer une grève de la faim. Le communiqué de son collectif de défense, le 19 août, insiste sur cet isolement plutôt que sur ses soins.

”L'état de santé de Rached Ghannouchi est stable”L'état de santé de Rached Ghannouchi est stable
Haïfa Chebbi, avocate du collectif de défense des détenus politiques, et fille d'Ahmed Néjib Chebbi

Haïfa Chebbi dit que son père, 82 ans, condamné dans ce que les procureurs appellent l'affaire du complot, un procès de masse contre des figures de l'opposition accusées d'avoir comploté contre la sûreté de l'État, a connu des problèmes de santé aggravés par la chaleur en cellule. Elle dit que l'administration ne le néglige pas et fait tout ce qui est en son pouvoir pour surveiller son état, mais que l'administration a atteint les limites de ses capacités. Elle rapporte que son père se dit emprisonné pour la même cause qui a fait descendre les manifestants dans la rue autour du cinquième anniversaire, le 25 juillet, de la prise des pleins pouvoirs par Kaïs Saïed en 2021.

”C'est précisément pour cette cause qu'ils sont actuellement emprisonnés.”C'est précisément pour cette cause qu'ils sont actuellement emprisonnés.
Comité général des prisons et de la rééducation, l'administration pénitentiaire tunisienne

L'administration pénitentiaire a démenti le 27 juillet toute dégradation de l'état de santé des détenus, ainsi que tout refus de visite aux familles et aux avocats. Elle affirme avoir pris toutes les mesures qu'exigeait la chaleur exceptionnelle, des conditions d'hébergement à la prise en charge sanitaire, et que les détenus nécessitant des soins spécialisés sont transférés vers les urgences des hôpitaux publics. Le communiqué répond à des rumeurs en général ; il ne nomme aucun détenu et aucun décès.

”L'ensemble des personnes incarcérées bénéficie d'un suivi médical conforme à la réglementation en vigueur.”L'ensemble des personnes incarcérées bénéficie d'un suivi médical conforme à la réglementation en vigueur.
Chadi Trifi, membre du bureau exécutif, Ligue tunisienne des droits de l'Homme (LTDH)

La Ligue recueille désormais ses éléments auprès des familles de détenus plutôt que par des visites, depuis que le ministère de la Justice lui a interdit l'accès aux prisons, et Trifi réclame une enquête indépendante et urgente sur les décès de fin juillet. Il qualifie la grâce présidentielle accordée par Kaïs Saïed à 2 439 détenus le 23 juillet, à laquelle s'ajoutent 490 autres libérations, de goutte d'eau dans l'océan, estimant à plus de 60 000 le nombre de personnes détenues en Tunisie. Le rapport de 2025 de la Ligue relevait huit prisons où un détenu ne dispose pas de plus de 2 m², contre un minimum international de 4.

”On sait que ces dispositions existent. Mais à quel point fonctionnent-elles face à la canicule ? Nous l'ignorons, depuis que le ministère de la Justice nous a interdit la visite des établissements pénitentiaires.”On sait que ces dispositions existent. Mais à quel point fonctionnent-elles face à la canicule ? Nous l'ignorons, depuis que le ministère de la Justice nous a interdit la visite des établissements pénitentiaires.

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