lundi 17 août 2026 ··

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Tunisie · Europe · Géopolitique : le brief quotidien
Qui dit quoi · Les chiffres tunisiens du deuxième trimestre

Une croissance de 2,3 %, 58 200 occupés en moins et la meilleure prévision d'investissement depuis 2020

L'Institut national de la statistique a publié deux communiqués trimestriels le 15 août : un PIB en hausse de 2,3 % sur un an, un chômage qui recule de 15 % à 14,9 % et 58 200 occupés de moins. Personne ne conteste ces chiffres. Une lecture fait du trimestre une reprise réelle mais fragile, une autre juge fictive la baisse du chômage puisque 77 500 personnes ont aussi quitté la population active, et les industriels interrogés par le même institut annoncent leurs plus fortes intentions d'investissement depuis six ans.

Ce sur quoi ils s'accordent

Chkoundali et African Manager arrivent au même point à partir des mêmes chiffres sectoriels : le trimestre a été porté par l'agriculture et par les services, et non par l'industrie, qui a à peine bougé pendant que les mines et la chimie reculaient. Tous deux jugent cette base fragile, parce qu'une saison agricole ne se commande pas.

Là où ça se sépare

Chkoundali lit les 58 200 comme des emplois détruits et la baisse du taux comme l'arithmétique d'une population active qui se réduit. L'institut publie les deux mouvements sans donner de cause ni à l'un ni à l'autre, et l'analyse d'African Manager laisse entièrement de côté le marché du travail. L'enquête sépare ensuite les deux analystes : African Manager juge le palmarès des prévisions des industriels assez solide pour prendre les 26 points au sérieux, quand Chkoundali attend de voir ces mêmes intentions arriver sous forme de machines importées, payées en devises.

Ce que personne ne dit

Personne ne chiffre la destination des 77 500 personnes sorties de la population active en trois mois. Chkoundali cite le découragement et les départs par la mer sans compter ni l'un ni l'autre, et l'institut, qui a mené l'enquête, ne publie aucune ventilation de cette baisse.

L'Institut national de la statistique, l'organisme public de statistique, auteur des deux publications du 15 août

Le chômage est à 14,9 %, avec 622 400 chômeurs contre 641 700 trois mois plus tôt, tandis que le nombre d'occupés passe de 3 626 300 à 3 568 100 et la population active recule de 77 500, à 4 190 500. Le taux d'activité perd 1,2 point, à 44,7 % de la population de 15 ans et plus, et le chômage des diplômés du supérieur monte de 24,2 % à 26,6 %. La publication n'avance aucune cause pour rien de tout cela.

”Le taux de chômage a ainsi diminué à 14,9 %, contre 15 % au trimestre précédent.”Le taux de chômage a ainsi diminué à 14,9 %, contre 15 % au trimestre précédent.
Ridha Chkoundali, économiste

Il lit le recul du taux comme une arithmétique et non comme un retour à l'emploi : l'économie a supprimé 58 200 emplois en trois mois pendant que 77 500 personnes quittaient la population active, ce qui réduit la base de calcul. Il attribue ces départs au découragement et aux départs par la mer, et voit dans le chômage des diplômés du supérieur, passé de 24,0 % un an plus tôt à 26,6 %, la preuve d'une croissance qui punit les compétences. Les intentions d'investissement ne le rassurent pas : l'intégration locale est trop faible, si bien qu'un nouveau projet importe ses machines et ses produits semi-finis et les paie en devises. Il qualifie le trimestre d'économie de consommation portée par l'agriculture, assise sur des bases saisonnières et fragiles pendant que ses moteurs industriels s'effondrent.

African Manager, média économique tunisien

Le média tient le chiffre pour réel et y voit deux déceptions. Il reste très loin des 3,3 % sur lesquels le budget 2026 est bâti, et c'est le troisième trimestre consécutif de ralentissement, après 3,4 % au troisième trimestre 2025. La demande intérieure ajoute 3,6 points à la croissance quand le commerce extérieur en retranche 1,3, les importations ayant progressé de 11,2 % contre 10,4 % pour les exportations. La valeur ajoutée supplémentaire est sectorielle : l'agriculture progresse de 5,5 % et fournit à elle seule 22 % de la croissance du trimestre, tandis que les industries manufacturières gagnent 0,9 %, l'extraction minière recule de 9,6 % et les industries chimiques de 7 %.

”La croissance ne s'autofinance pas, elle puise dans les réserves de change.”La croissance ne s'autofinance pas, elle puise dans les réserves de change.
Les industriels de l'enquête d'investissement de l'institut de statistique, 1 085 entreprises manufacturières, interrogées en mai 2026

Ils portent le solde d'opinion sur l'investissement à 24 points pour le premier semestre 2026, contre 21 au second semestre 2025. Ce solde est l'écart entre les dirigeants qui déclarent investir davantage et ceux qui déclarent investir moins : il enregistre une direction d'opinion, pas un montant. Pour le second semestre 2026, ils anticipent 26 points, la prévision la plus élevée de la série depuis 2020 et un point sous les 27 annoncés pour le premier semestre 2020, quand la pandémie a ramené la réalisation de ce semestre à moins 3. Sur treize semestres de la série, la réalisation a dépassé la prévision huit fois, ce qui fonde la lecture des 26 points comme autre chose qu'un optimisme.

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