vendredi 7 août 2026 ··

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Tunisie · Europe · Géopolitique : le brief quotidien
Qui dit quoi · Le prix des médicaments et les finances de la Pharmacie centrale

Trois cents médicaments, une circulaire, et aucun accord sur l'ampleur réelle des hausses

Le 24 juillet, la Pharmacie centrale de Tunisie a publié la circulaire 30/2026, révisant les prix d'environ 300 médicaments. Ce n'est que début août, lorsque des comparaisons entre anciens et nouveaux tarifs ont circulé, que l'ampleur est apparue et que la polémique a éclaté. Le désaccord ne porte pas seulement sur l'opportunité des hausses, mais sur leur ampleur réelle et sur qui a été associé à la décision.

Ce sur quoi ils s'accordent

Les cinq partent du constat que la Pharmacie centrale connaît de sérieuses difficultés financières et que la filière du médicament doit être réformée. Aucun ne soutient que le mode de financement actuel peut se poursuivre tel quel. Même ceux qui défendent la révision la présentent comme insuffisante plutôt que comme une solution.

Là où ça se sépare

La ligne de fracture est l'ampleur. La Pharmacie centrale et Naoufel Amira parlent d'un nombre limité de produits importés et de quelques dinars ou millimes ; l'UGTT évoque des hausses supérieures à 550 % sur certaines spécialités, et la circulaire porte sur environ 300 médicaments selon Réalités et Kapitalis, et non sur une poignée. Le même écart traverse la couverture médiatique : la dépêche TAP publiée par La Presse et African Manager décrit la circulaire comme douze médicaments avec de faibles hausses, ce qui ne s'accorde pas avec les autres descriptions du même document. Le second clivage porte sur qui supporte le coût maintenant : les patients par le prix, ou l'État par une réforme que personne n'a encore décidée.

Ce que personne ne dit

Aucune des cinq prises de position que nous avons lues ne dit si les niveaux de remboursement de la Cnam suivent les nouveaux prix. L'UGTT mentionne les titulaires de cartes de soins gratuits ou à tarif réduit sans donner ni chiffre ni mécanisme, et les quatre autres n'abordent pas la question. Pour un malade chronique, c'est pourtant ce chiffre qui détermine ce que la circulaire lui coûte, et il ne figure dans aucune de ces déclarations.

Zoubeir Guiga, président du Syndicat des pharmaciens d'officine de Tunisie (Spot)

Guiga relève que la circulaire s'applique automatiquement et immédiatement dans les officines privées, qui n'ont aucun pouvoir de modifier ou de refuser les prix officiels. Il souligne que le prix de certains médicaments a effectivement baissé, ce qui le distingue de ceux qui décrivent la décision comme une simple hausse. Son objection porte sur la forme : le moment choisi et l'absence de consultation du Conseil de l'ordre des pharmaciens.

Naoufel Amira, ancien président du Syndicat des pharmaciens d'officine de Tunisie (Spot)

Amira renverse la question : la révision est insuffisante et ne couvre toujours pas les coûts supportés par la Pharmacie centrale. Il l'inscrit dans une série d'ajustements périodiques, le dernier l'an passé, auparavant en 2018 et 2019, qui n'avaient pas davantage couvert le coût réel. Pour plusieurs spécialités, dit-il, la hausse se compte en quelques dinars, et il attribue la polémique à une méconnaissance du dossier ; le rééquilibrage financier de l'établissement est selon lui une garantie de la sécurité sanitaire.

”La révision et l'actualisation des prix des médicaments n'ont pas permis de couvrir les coûts supportés par la Pharmacie Centrale”La révision et l'actualisation des prix des médicaments n'ont pas permis de couvrir les coûts supportés par la Pharmacie Centrale
Thabet El Abed, député, qui a publié un communiqué signé par dix-sept élus

Les dix-sept députés se disent préoccupés par les patients dont les traitements ne peuvent être ni interrompus ni reportés. Leur point central est que la crise du médicament ne peut se régler par une révision des prix : ils réclament une réforme structurelle de la gouvernance, du financement, de la situation des établissements publics et du rôle des caisses sociales, avec de la transparence sur la tarification. Ils demandent aussi des mécanismes de protection des malades chroniques et des bas revenus, le développement de la production locale et une approche participative avant les décisions majeures.

”En Tunisie, le système pharmaceutique connaît de profondes difficultés liées à des dysfonctionnements qui se sont accumulés au fil des années. La Pharmacie centrale de Tunisie (PCT) ainsi que les différents établissements intervenant dans le secteur font face à des pressions financières et organisationnelles qui nécessitent une réforme”En Tunisie, le système pharmaceutique connaît de profondes difficultés liées à des dysfonctionnements qui se sont accumulés au fil des années. La Pharmacie centrale de Tunisie (PCT) ainsi que les différents établissements intervenant dans le secteur font face à des pressions financières et organisationnelles qui nécessitent une réforme
UGTT, département de la protection sociale et du secteur informel, département de la protection sociale et du secteur informel de l'UGTT

Le département de l'UGTT qualifie les hausses d'excessives et d'inédites et se dit profondément préoccupé ; selon lui, certaines spécialités auraient augmenté de plus de 550 %. Il y voit une atteinte au droit constitutionnel à la santé et estime que le coût des difficultés financières de la Pharmacie centrale et de la Cnam est reporté sur les patients sans qu'aucune réforme du système ne soit engagée. Il vise particulièrement les travailleurs de l'informel sans couverture sociale et les titulaires de cartes de soins gratuits ou à tarif réduit, et réclame un retour immédiat sur ces hausses et l'ouverture d'un vrai dialogue social.

”décisions unilatérales”décisions unilatérales
Pharmacie centrale de Tunisie, l'établissement public détenteur du monopole d'importation des médicaments, auteur de la circulaire

L'établissement affirme que la révision ne concerne qu'un nombre limité de médicaments importés dont les prix n'avaient pas été actualisés depuis plusieurs années, et que les hausses se limitent à quelques dinars, voire à quelques millimes. La raison avancée tient à l'augmentation des coûts d'importation et à l'évolution des prix sur les marchés internationaux. L'objectif affiché est d'assurer la continuité de l'approvisionnement et d'éviter toute rupture, autrement dit qu'un médicament plus cher vaut mieux qu'un médicament absent.

”quelques dinars et même à quelques millimes”quelques dinars et même à quelques millimes

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