Tunisie

Quatre décrets (n°193 à 196), publiés au Journal officiel de la République tunisienne du vendredi 31 juillet, deux jours après leur adoption par l'Assemblée des représentants du peuple, rendent exécutoires une série de conventions de garantie et d'accords de financement : 110 millions d'euros de la Banque européenne pour la reconstruction et le développement au profit de la Compagnie des phosphates de Gafsa, pour de nouveaux équipements miniers et un système de filtres-presses censé recycler jusqu'à 90 % des eaux de process ; deux opérations de mourabaha avec l'ITFC, de 70 puis 50 millions de dollars, destinées à l'achat des matières premières du Groupe chimique tunisien ; et un deuxième avenant de 500 millions de dollars entre la Banque centrale et Afreximbank pour couvrir une partie du budget de l'État 2026. Avec ce troisième décaissement, les concours d'Afreximbank atteignent 1,7 milliard de dollars depuis 2022. La Presse indique que le taux du prêt Afreximbank a été ramené, après négociation, d'un maximum de 9 % à 5,86 % fixe sur sept ans, dont deux de grâce : des conditions qui donnent la mesure du coût du financement budgétaire hors programme du FMI, alors même que le gouvernement s'en tient au principe du « compter sur soi ».
Dans une analyse publiée le 31 juillet (Datanalysis n°34), l'Observatoire tunisien de l'économie montre que les investissements de la Steg dans les moyens de production d'électricité sont tombés de 1 947 millions de dinars sur 2016-2020 à 248 millions sur 2021-2025, soit une baisse moyenne de 87 %, tandis que la puissance installée nette était divisée par 3,2. Dans le même temps, la pointe de consommation a progressé en moyenne de 3,8 % par an, atteignant un record de 4 888 MW le 14 août 2024. Près de 870 MW de projets Steg dont les appels d'offres sont finalisés, la centrale à cycle combiné de Skhira (500 MW), la centrale éolienne de Jbel Tbaga (80 MW) et six centrales photovoltaïques totalisant 300 MW : sont bloqués depuis 2018, faute de l'accord du ministère de l'Énergie, organisme de tutelle de la société aux termes des décrets de 2005 et 2016. Le constat déplace la responsabilité des délestages de l'été : ni la météo ni l'entreprise, mais des choix de politique publique qui, selon l'Observatoire, ont privilégié l'investissement privé et étranger dans les renouvelables au détriment du réseau public.

L'association Intersection pour les droits et les libertés a publié, dans la soirée du 1er août, une série d'infographies chiffrant la population carcérale à plus de 33 000 détenus pour une capacité officielle de 17 000 lits, soit un taux d'occupation de 194 %, contre 23 000 détenus en 2022. Elle avance 267 détenus pour 100 000 habitants, au-dessus du Maroc (238) et très loin devant la France (100), et cite les établissements dont le taux d'occupation a dépassé 200 % : Kairouan à 251 % (2024), Mornaguia à 210 % (2024), Gabès à 209 % (2022) et Sfax à 200 % (2024). Elle recense par ailleurs treize décès en détention entre juillet 2025 et juillet 2026 qu'elle qualifie de suspects, estimant que l'absence d'enquêtes transparentes risque de transformer des violations individuelles en impunité structurelle. Ces chiffres sont ceux de l'association et n'ont pas été confirmés par le ministère de la Justice.
Géopolitique

Dans un message publié dimanche sur Truth Social, Donald Trump a annoncé qu'il annulait l'attaque prévue contre l'Iran, après que Téhéran et plusieurs pays du Moyen-Orient non nommés eurent demandé un report et que les « périmètres » d'un accord eurent été arrêtés ; cet accord, tel qu'il le présente, porte sur l'ouverture immédiate et complète du détroit d'Ormuz et sur la fin de la menace nucléaire iranienne. Il a ajouté que les forces américaines restaient sur le pied de guerre et prêtes à intervenir, et qu'Israël s'associait à cet engagement. L'agence semi-officielle iranienne Mehr a rapporté plus tard que des responsables militaires iraniens rejetaient l'affirmation selon laquelle Téhéran aurait demandé un arrêt, y voyant un nouveau mensonge destiné à faire chanter les dirigeants du Golfe persique, et déclaraient leurs forces au plus haut niveau de préparation.

Au moins 35 personnes ont été tuées dimanche lorsque des drones de l'armée soudanaise ont frappé un tribunal coutumier dans le village de Garra al-Zawaya, au Darfour-Nord, selon le collectif Emergency Lawyers, qui documente les exactions des deux camps dans la guerre civile. Des civils s'étaient rassemblés pour des audiences portant sur des affaires et des litiges locaux ; un témoin a déclaré à l'AFP que quatre chefs tribaux et deux commandants des RSF figuraient parmi les morts. Le village est tenu par les Forces de soutien rapide, et les Nations unies ont recensé plus de 1 000 civils tués dans des frappes de drones pour les seuls cinq premiers mois de cette année.

Le Trésor américain est intervenu vendredi aux côtés du Japon pour soutenir le yen, tombé jeudi à 164 pour un dollar, son plus bas niveau depuis 1986. Le secrétaire au Trésor Scott Bessent a confirmé l'opération et déclaré que Washington n'hésiterait pas à participer à de nouvelles interventions conjointes, tandis que le ministère japonais des Finances a présenté la mesure comme une réponse à une volatilité excessive et à des mouvements désordonnés. Le yen s'est raffermi à 157,58 vendredi, puis brièvement à 155,23 lundi ; la pression vient de l'écart de taux, la Banque du Japon ayant porté son taux directeur à 1 % en juin, contre 3,5 à 3,75 % pour la Réserve fédérale.
Europe

Au moins 72 personnes sont mortes depuis que quelque 60 000 migrants ont franchi la frontière entre le Maroc et l'enclave espagnole de Ceuta, à partir de jeudi dernier ; cinq corps supplémentaires ont été retrouvés le long de la côte dimanche et plus de 1 000 personnes ont été prises en charge par les services de santé. Les autorités espagnoles affirment que plus de 48 000 d'entre elles sont reparties au Maroc en 48 heures, tandis que le ministère marocain de l'Intérieur confirme onze morts et impute ces passages à la désinformation sur les réseaux sociaux, aux réseaux de passeurs et à une lecture erronée d'une décision de justice espagnole sur les renvois immédiats. La crise a conduit 22 États membres de l'Union européenne à réclamer une action coordonnée aux frontières, et l'Italie à suspendre la libre circulation Schengen depuis l'Espagne.

Le Premier ministre Peter Magyar a annoncé que la centrale de Paks, qui fournit près de la moitié de l'électricité hongroise, avait été mise à l'arrêt dimanche, premier arrêt complet en 44 ans d'exploitation. Sa production était tombée à 965 mégawatts vendredi, puis à 240 dans la nuit, contre 2 000 en temps normal, la faiblesse du niveau de l'eau empêchant les pompes de prélever assez d'eau de refroidissement dans le Danube. Plus d'une centaine de villes et villages hongrois sont soumis à des restrictions d'usage de l'eau, et le Premier ministre slovaque Robert Fico a déclaré que son pays suivait de près la situation électrique et se tenait prêt à aider.

La frégate Thaon di Revel a arraisonné dimanche matin le pétrolier Toa Payoh dans les eaux internationales à l'ouest de Pantelleria, dans le cadre de la mission européenne en Méditerranée Eunavfor Med Irini. Le navire, visé par des sanctions de l'Union européenne et considéré comme faisant partie de la flotte fantôme russe, bat pavillon camerounais et avait quitté Cotonou, au Bénin, le 16 juillet à destination d'Istanbul ; son capitaine ayant d'abord refusé de coopérer, une équipe italienne a été héliportée à bord. L'opération a été menée avec l'appui d'un bâtiment grec et d'un avion de patrouille polonais et a duré environ deux heures, selon le ministère de la Défense, qui a invoqué l'article 110 de la convention des Nations unies sur le droit de la mer, relatif à la vérification de la nationalité d'un navire.