Tunisie

Samedi 25 juillet, cinq ans jour pour jour après la suspension du Parlement par Kaïs Saïed et le passage au gouvernement par décrets, des manifestants ont défilé de la place de la République jusqu'au Théâtre municipal pour réclamer son départ, en reprenant le mot d'ordre de 2011 : « le peuple veut la chute du régime ». Al Jazeera a décrit des milliers de participants ; Business News, présent sur place, a avancé le chiffre de plus de 2 500. Le cortège, appelé par Nafas, plateforme réunissant partis d'opposition et personnalités indépendantes, a mêlé l'exigence de libération des prisonniers politiques à la colère née des coupures d'eau et d'électricité : les manifestants ont placé les pénuries du quotidien au même rang que les revendications politiques, faisant de la crise des services publics un sujet de mobilisation nationale.

Tandis qu'une partie de la société civile manifestait contre lui, quelques dizaines de partisans de Kaïs Saïed se sont rassemblés devant le Théâtre municipal de Tunis pour célébrer l'anniversaire, drapeaux tunisiens et portraits du chef de l'État à la main, scandant « pas de retour en arrière », « à bas les traîtres et les comploteurs » et des appels à emprisonner les « vendus » ; certains ont ouvertement évoqué une présidence sans limite de durée. Des intervenants ont affirmé préférer supporter les pénuries d'eau et les coupures d'électricité plutôt que de voir revenir « l'ancien système ». Business News, présent sur place, a relevé le contraste entre la modestie de l'assistance et la ferveur des démonstrations de fidélité ; Directinfo a confirmé la tenue des deux rassemblements au centre de Tunis.

Dans un communiqué publié le 25 juillet, l'Assemblée des représentants du peuple a exhorté les Tunisiens à se rassembler autour des valeurs républicaines, à rompre avec les divisions et les discours de haine et à se concentrer sur le plan de développement 2026-2030 : attraction des investissements, modernisation des services publics, valorisation des ressources nationales et justice sociale. La chambre a explicitement écrit que ce 69e anniversaire résonne avec la « nouvelle République » amorcée par le processus du 25 juillet 2021 et consolidée par la Constitution de 2022, et s'est engagée à exercer pleinement ses prérogatives de législation et de contrôle pour fluidifier les réformes. Le texte est la lecture propre de l'institution d'une date que l'opposition marquait, le même jour, comme la fin de la transition démocratique.

Dans un communiqué publié pour le 69e anniversaire de la proclamation de la République, la Ligue tunisienne des droits de l'Homme (LTDH) : l'une des quatre organisations du Quartet du dialogue national, Prix Nobel de la paix 2015 : estime que les principes mêmes sur lesquels repose la République sont aujourd'hui mis à l'épreuve, en pointant la concentration des pouvoirs entre les mains de la présidence, l'absence de séparation effective des pouvoirs et la non-mise en place de la Cour constitutionnelle. Elle appelle à l'ouverture d'un « dialogue sérieux » avec les composantes politiques et civiles et à la libération des prisonniers politiques, journalistes, avocats et de tous les citoyens détenus en raison de leurs opinions ou de leurs appartenances, mesures susceptibles selon elle de reconstruire la confiance entre les citoyens et les institutions de l'État.