Tunisie

Dans un communiqué publié le 23 juillet, la présidence de la République a annoncé que Kaïs Saïed avait accordé une grâce présidentielle exceptionnelle à 2 439 détenus à l'occasion du 69e anniversaire de la proclamation de la République, et donné des instructions pour que 490 autres bénéficient d'une libération conditionnelle. Selon Kapitalis et Webdo, qui citent Mosaïque FM et la page Facebook d'Ayachi Zammel lui-même, l'ancien député et candidat à la présidentielle de 2024 figure parmi les libérés, tout comme Wadie Jary, ex-président de la Fédération tunisienne de football. Ni le communiqué de la présidence ni les articles ne précisent les motifs des condamnations des graciés ni les critères de sélection ; la grâce des fêtes nationales relève en Tunisie de l'instrument habituel plus que de l'annonce d'un changement de cap.

Selon un communiqué de la présidence de la République, Kaïs Saïed a présidé le 22 juillet, au palais de Carthage, une réunion avec les ministres de l'Intérieur, de l'Équipement chargé de l'Industrie et de l'Énergie et de l'Agriculture, ainsi que les PDG de la Steg et de la Sonede. Il a qualifié d'« inacceptables » les interruptions dépassant vingt-quatre heures dans plusieurs régions, exigé qu'il y soit mis fin immédiatement et posé deux règles lorsque les coupures restent inévitables : informer les citoyens à l'avance et choisir des horaires adaptés. Le lendemain, selon Webdo, l'Organisation nationale des entrepreneurs (ONE) a annoncé la mise en place d'une cellule juridique pour accompagner les entreprises dans des actions en justice contre la Steg, accusant les délestages non programmés de rompre les chaînes de production et de décourager l'investissement ; la chambre nationale des propriétaires de restaurants évoque près de 70 % d'établissements touchés pendant la canicule. Le déficit du réseau est ainsi passé du registre technique au registre politique : c'est la capacité de l'État à assurer les services essentiels qui est en cause.

La commission des finances et du budget de l'Assemblée des représentants du peuple a adopté, lors de sa séance du 21 juillet, trois projets de loi : la garantie de l'État sur un prêt de 110 millions d'euros de la Berd destiné au projet Capsa de la Compagnie des phosphates de Gafsa (acquisition d'équipements miniers et unités de filtration sous haute pression des eaux industrielles, censées relever la capacité d'extraction d'environ 30 % et porter le taux de récupération des eaux de quelque 60 % à plus de 90 %) ainsi que deux accords de mourabaha de 120 millions de dollars conclus avec la Société internationale islamique de financement du commerce, exclusivement affectés à l'importation de soufre et d'ammoniac pour le Groupe chimique tunisien. Les députés ont interrogé les deux PDG sur le recul de la production, l'accumulation des pertes et le vieillissement des installations ; le patron de la CPG a estimé qu'un redressement demanderait cinq à sept ans. L'État emprunte donc à l'étranger pour maintenir en activité un exportateur stratégique, non pour le développer.

Les derniers indicateurs monétaires et financiers de la Banque centrale de Tunisie montrent que les transferts des Tunisiens résidant à l'étranger et les recettes touristiques cumulés ont dépassé 9 milliards de dinars au 20 juillet : les transferts progressent de 5,2 % à plus de 5 milliards, les recettes touristiques de 4,6 % pour frôler les 4 milliards. Les avoirs nets en devises se sont établis à 23 milliards de dinars au 22 juillet, soit 91 jours d'importation, contre 22,8 milliards un an auparavant, tandis que le service de la dette extérieure est revenu à 7,5 milliards de dinars, contre 9 milliards. La même publication fait état d'une hausse de 16,6 % des billets et monnaies en circulation, à 29,4 milliards de dinars. Sans programme avec le FMI, ce sont donc la diaspora et la saison estivale qui tiennent les équilibres extérieurs ; et la progression du cash rappelle la part de l'économie qui échappe au circuit bancaire.