Tunisie

Deux décrets datés du 20 juillet et publiés au Journal officiel de la République tunisienne (Jort) du 21 juillet ratifient les conventions de garantie signées le 3 novembre 2025 entre la Tunisie et la Banque internationale pour la reconstruction et le développement (Bird) : un prêt de 384,8 millions d'euros au profit de la Steg et un financement additionnel de 30 millions de dollars via le Fonds pour les technologies propres, destinés au programme d'amélioration de la fiabilité, de l'efficacité et de la gouvernance énergétiques. Les décrets n° 2026-138 et n° 2026-139 font application des lois n° 2026-14 et n° 2026-15 du 20 juillet, adoptées après un report de dernière minute de l'examen des textes que plusieurs députés ont qualifié de « scandale », accusant le président de l'ARP, Brahim Bouderbala, d'avoir cherché à peser sur le vote en l'absence de parlementaires. Ces financements tombent en pleine canicule, alors que la Steg procède à des délestages tournants dans tout le pays : les conditions de recapitalisation du monopole public de l'électricité deviennent une question éminemment politique.

Selon les derniers indicateurs de la Banque centrale de Tunisie (BCT), les réserves en devises s'établissaient à 22,7 milliards de dinars au 20 juillet, soit environ 90 jours d'importation : en recul de 487 millions de dinars, l'équivalent de onze jours de couverture, par rapport à la même date de 2025, après le remboursement en juillet d'une échéance extérieure de 740 millions d'euros (environ 2,499 milliards de dinars). Deux entrées amortissent la chute : les recettes touristiques ont atteint 3,681 milliards de dinars au 20 juillet, en hausse de 158 millions sur un an, et les transferts des Tunisiens résidant à l'étranger ont dépassé 4,7 milliards de dinars, en progression de 230 millions. L'arithmétique dit l'étroitesse du financement du pays : les vacanciers et la diaspora couvrent ce que l'emprunt extérieur ne couvre plus.

Selon un communiqué de la Présidence de la République, Kaïs Saïed a reçu lundi au palais de Carthage la cheffe du gouvernement Sarra Zaâfrani Zenzri, le ministre de l'Économie et de la Planification Samir Abdelhafidh et le gouverneur de la Banque centrale Fethi Zouhair Nouri, pour examiner la loi récemment promulguée portant approbation du Plan de développement 2026-2030. Le chef de l'État a estimé que la dette « s'est accumulée sans que le peuple tunisien n'en ait bénéficié », tout en soulignant que la Tunisie avait honoré l'ensemble de ses engagements sans aucun retard, et a insisté sur l'impératif de convertir ce poids en levier d'investissement pour reconstruire les services publics. La formule tient lieu de position de départ pour toute renégociation future, alors même que la semaine a apporté de nouveaux emprunts auprès d'Afreximbank et de la Banque mondiale, et non un programme avec le FMI.

La section de Sousse de la Ligue tunisienne de défense des droits de l'Homme (LTDH) a affirmé, le 21 juillet, que l'une de ses délégations avait été empêchée d'accéder à la prison civile de Messadine, dans la délégation de Msaken, au motif qu'une autorisation du ministère de la Justice était nécessaire : une condition qui, selon la Ligue, ne figure pas dans le mémorandum d'entente de 2015 encadrant ses visites carcérales et qu'elle qualifie de « restriction injustifiée ». La section indique avoir reçu plusieurs demandes de visite portant sur des situations décrites comme critiques. Ce refus intervient trois jours après le démenti « catégorique » opposé par la Direction générale des prisons aux rumeurs d'incendie et de cas d'étouffement dans le même établissement : les conditions de détention en pleine canicule record restent sans contrôle indépendant.